En 1961, pour 50 centimes, vous pouviez accéder aux terrasses d'Orly. Un guichet. Des volées d'escaliers en plein air. Et au quatrième étage puis encore un peu plus haut, sur une sorte de passerelle de commandement dotée d'une table d'orientation, vous aviez vue de surplomb sur les atterrissages et les décollages...

Passagers regardant les avions sur le toit terrasse de l'aéroport d'Orly en 1965
Passagers regardant les avions sur le toit terrasse de l'aéroport d'Orly en 1965 © Getty / Keystone-France

-Je m'en vais le dimanche à Orly/ Sur l'aéroport on voit s'envoler/ des avions pour tous les pays/Pour l'après-midi j'ai de quoi rêver/ Je le sens des fourmis dans les idées...

J'ai connu le temps de Bécaud. Le dimanche, embarquement immédiat dans la 2CV de la ma sœur, toute neuve. Années du débit de la consommation de masse et de la civilisation des loisirs. Le prix du billet Paris-New York avait été divisé par trois. Pour ma famille, c'était évidemment encore inconcevable. En revanche, pour 50 centimes ou un nouveau franc, vous pouviez accéder aux terrasses d'Orly. Un guichet. Des volées d'escaliers en plein air. Et au quatrième étage puis encore un peu plus haut, sur une sorte de passerelle de commandement dotée d'une table d'orientation, vous aviez une vue de surplomb sur les atterrissages et les décollages. Les enfants disposaient même d'un bac à sable. Je ne pardonne pas aux terroristes d'avoir conduit à la fermeture des terrasses d'Orly, en 1975 - et de toutes les terrasses comparables, d'ailleurs.

-Pendant ses premières années de fonctionnement, Orly a été une destination touristique pour... ceux qui ne prenaient pas l'avion. Au point de dépasser un moment les chiffres de Versailles ou de la Tour Eiffel.

L'architecture impressionnait, il est vrai. Elle a moins retenu l'attention des critiques spécialisés que celle, un peu plus tard, en 1963, de notre Maison de la radio. Mais tout de même, le choix d'un grand mur-rideau ouvrant l'espace sur l'extérieur avec ces glaces Saint-Gobain monumentales si épaisses que les quadriréacteurs au décollage semblaient murmurer - je cite « Le Figaro » ! Et le mobilier intérieur atteignant la beauté par sa simplicité ! Henri Vicariot, l'architecte, Jean Prouvé, l'homme du mur rideau, Marcel Gascoin -le mobilier d'intérieur- avaient atteint leur but : une architecture de l'utile qui dévoilait sans les dissimuler les fonctions des bâtiments.

-La fluidité éprouvée et admirée au départ n'a pas duré.

Du fait de l'augmentation du nombre des passagers et de l'accentuation des contrôles qu'on n'avait pas prévus au départ. De toute façon, jusqu'aujourd'hui du moins, l'histoire de l'avion est allée plus vite que celle des équipements au sol. L'aéroport d'Orly, une simple base militaire depuis 1918 reconvertie dans le civil après la fin de la Deuxième Guerre avait été conçue pour des avions à hélices - des Constellation par exemple. Et il lui a fallu accueillir des avions à réaction -des Caravelle - au gabarit plus important. A peine ouverte, il lui a fallu penser à une nouvelle aérogare en même temps qu'on devait maintenir, en le rajeunissant, le Bourget dans l'attente de Roissy.

C'est dire combien la situation actuelle de l'aviation tranche avec tout ce qu'on a connu auparavant. De Gaulle le jour de l'inauguration le 24 février 1961, réaffirmait la capacité de l'humanité et d'abord de la France à conduire le progrès à "la rencontre de la terre et du ciel."

"Quoiqu'en pensent, ajoutait-il, "ceux qui toujours doutent nient et comme disait Nietzsche "clignotent". Aujourd'hui, ça clignote de partout. ADP, Aéroports de Paris, qui a été créé au lendemain de la Libération pour accompagner Orly est aujourd'hui invité à renoncer à de nouvelles installations terminales à Roissy. Comme dit un de ses slogans, il lui faut accueillir autrement l'avenir.

Et un taxi me disait l'autre jour qu'il attendait dorénavant deux heures à Orly avant de pouvoir charger un nouveau client.

S'il avait le cœur à cela, il pourrait chanter "Pour l'après-midi j'ai de quoi rêver/Je me sens des fourmis dans les idées/quand je rentre chez moi la nuit tombée."

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