Le projet de ce Mémorial de papier, mûri depuis plus de vingt ans, était de reconstituer la biographie de chacun des 9000 déportés - 8971 précisément - qui, partis de France - ils n'étaient pas tous français - se sont retrouvés immatriculés entre 1943 et 1945 au camp de Dora.

L'entrée du camp de Mittelbau-Dora en Allemagne
L'entrée du camp de Mittelbau-Dora en Allemagne © Getty / Picture alliance

-Ce samedi 26 septembre, l'ancien camp de Royallieu à Compiègne accueille les auteurs du Livre des 9000 déportés de France à Dora.

Les bâtiments subsistants de Compiègne, devenus Mémorial de l'internement et de la déportation, accueillent un Mémorial de papier.

Le projet de ce Mémorial de papier, mûri depuis plus de vingt ans, était de reconstituer la biographie de chacun des 9000 déportés - 8971 précisément- qui, partis de France - ils n'étaient pas tous français -se sont retrouvés immatriculés entre 1943 et 1945 au camp de Dora.

L'Association française amicale des anciens de Dora a intéressé à son idée des historiens comme Laurent Thierry, le directeur du projet, et aussi de nombreux bénévoles. Parmi eux, le recordman Bernard Doncker à lui seul a rédigé 1500 notices.

Quand on a la chance d'être d'une famille qui n'a pas été dévastée par la déportation, on a l'esprit tranquille et on cherche sans crainte dans la liste un homonyme. J'ai trouvé à la page 1397 un Jean Lebrun.

Né à Bordeaux en 1913. Employé. Réseau de résistance Gallia. Arrêté à Bordeaux en janvier 1944. Transporté en Allemagne en wagons à bestiaux. Deux jours, trois nuits. Exceptionnellement cette fois-là, distribution d'une soupe à Trêves. Buchenwald. Dora. Evacué à pied en avril 1945. Sa colonne est brûlée vive dans une grange où elle a été enfermée et à laquelle un allemand de 16 ans a mis le feu.

Honneur à ce Jean Lebrun-là et à ses 8970 camarades.

-Il est passé par Royallieu.

Comme la moitié à peu près des déportés à Dora. Les longs bâtiments bas de la caserne de Royallieu étaient utilisés comme camp de transit. On y restait en moyenne un mois.

Après la guerre Royallieu retrouva son usage ancien jusqu'à la fin de l'époque du service militaire. La plus grande partie du domaine fut alors lotie et la plupart des bâtiments rasés sans que les archéologues puissent intervenir pour conserver les traces qu'avaient pu y laisser les internés. Trois bâtiments furent transformés par la municipalité en Mémorial. Un parcours historique y est proposé. Le Mémorial collecte aussi les archives, notamment celles des associations amicales des anciens des camps, maintenant menacées de disparition.

-Plus d'une douzaine de lieux se consacrent pareillement en France à l'évocation de la déportation.

Un réseau les fédère. Le Mémorial de la Shoah est appelé à y jouer un rôle-leader, ne serait-ce que parce qu'il dispose de ressources financières assurées. Il vient ainsi de reprendre la gestion du lieu de mémoire du Chambon sur Lignon.

Mais la situation économique d'un lieu comme Compiègne est plus difficile. Le Mémorial qui cherche à intégrer dans sa présentation les camps d'outre-Rhin où sont arrivés ses internés  espère intéresser les Allemands, visiteurs et... financeurs.

-Les premiers concernés restent cependant les membres des familles.

Le Mémorial de Dora, est préfacé par Aurélie Filipetti, l'ancienne ministre. Plusieurs membres de sa famille, venus d'Italie et devenus hommes du fer en Lorraine, y ont trouvé la mort.

Elle a une phrase qui mérite qu'on s'arrête : Nous autres familles, dit-elle, sommes "vigiles et victimes". Pendant que les témoins rescapés de la Deuxième Guerre disparaissent, des petits enfants en sont aujourd'hui à se demander s'ils ne se pourraient pas témoigner dans les classes pour les remplacer ! Vigiles et victimes, jusqu'où ? Certes, nous sommes ce qu'on a fait de nous mais avons-nous à recouvrir par le passé ce que nous pourrions devenir ? Question hasardée par quelqu'un dont la famille n'a pas eu à souffrir.

Ouvrage : Laurent Thiery (dir.) Le livre des 9000 déportés de France à Mittelbau-Dora Le Cherche-Midi

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