Claude Mademba Sy est un officier de la 2ème DB qui participa à la libération de Paris. Il était noir d'Afrique né français comme beaucoup d'habitants originaires des Quatre Villes, communes du Sénégal. Aujourd'hui c’est l’inauguration dans le XIVe arrondissement de Paris d’une allée à son nom.

Blindé M8 de la 2ème Division Blindée du général Leclerc passant devant l'Arc de Triomphe le 26 août 1944
Blindé M8 de la 2ème Division Blindée du général Leclerc passant devant l'Arc de Triomphe le 26 août 1944 © Getty / Frank Scherschel

Cet après-midi, c’est l’inauguration dans le XIVe arrondissement de Paris et pas n’importe où d’une allée Claude Mademba Sy.

Claude Mademba Sy est un officier de la 2ème DB qui participa à la libération de Paris. Il était noir d'Afrique - la consigne en 1944, portée par les Américains, était pourtant de rendre peu visibles les soldats noirs. Sénégalais, il était né français comme beaucoup d'habitants originaires des Quatre Villes, les communes du Sénégal dont les citoyens français noirs étaient assez nombreux pour élire dès avant la Première Guerre un parlementaire noir au Palais-Bourbon.

Au début de la Seconde Guerre, 100 000 tirailleurs dits sénégalais - des sujets coloniaux, eux – étaient partis d'Afrique occidentale française pour soutenir l'armée française. Après la défaite, la plupart sont "neutralisés" : certains massacrés par les Allemands, beaucoup d'autres prisonniers dans des camps en métropole dont le régime de Pétain a accepté d'assurer la surveillance après novembre 1942.

Mademba Sy, issu de cette Afrique occidentale française, fait donc exception qui peut rejoindre la France libre.

Oui. Mais l'Afrique française, c'est aussi l'Afrique équatoriale. La France libre joue "L'empire contre-attaque". Elle va chercher dans cette partie souvent ingrate de ses possessions une légitimité. L'Afrique équatoriale française et le Cameroun vont fournir 27 000 combattants qui vont rejoindre le Sahara puis l'Europe. Il faut y ajouter les civils, hommes, femmes, enfants qui extraient le caoutchouc dans les forêts et construisent des milliers de kilomètres de pistes pour relier les colonies françaises et britanniques.

Ceux-ci et ceux-là attendent des hommages mais comment choisir les noms qui pourraient s’inscrire dans la mémoire collective ?

C’est le rôle de l’odonymie. À distinguer de la toponymie. Aux Kerguelen, par exemple, il existe une commission de toponymie qui fixe les noms des lieux qui ne sont pas encore nommés. Dans la municipalité parisienne, on espère qu’existe une commission qui échappe au fait du prince et aux pressions des lobbies et qui se charge de la tâche subtile de nommer non pas les lieux mais les voies, les rues qui relient les lieux.

Autrefois, on utilisait souvent le nom du propriétaire ancien du lieu. C’est ainsi qu’il y a à Paris une rue Dieu ? Dieu, c’était le propriétaire. Mais, depuis longtemps, on n’a plus foi dans les ressources de propriétaires.

Le plus important peut-être est de penser l’odonymie en réseau : les noms reliés les uns aux autres vont peu à peu infuser et faire sens.

L’allée Claude Mademba Sy, car il ne s’agit que d’une allée, dans le XIVᵉ est située au métro Denfert-Rochereau

Le colonel Denfert-Rochereau, c’est la défense de Belfort en 1870 au nom de la République – le lion de Belfort. Tout près, subsiste le socle désolé de la statue de Raspail, député républicain.

Mademba Sy va se retrouver tout près du nouveau musée Jean Moulin et de la Libération qui inclut le QG souterrain du colonel FFI de la Libération, Rol-Tanguy. Ainsi peut-on affirmer que les Noirs doivent beaucoup à la République mais réciproquement.

Tout serait parfaitement coulé dans le bronze si le musée n’avait pas récupéré le pavillon de l’octroi construit par Claude-Nicolas Ledoux. Ledoux qui donne son nom au square dans lequel s’inscrit l’allée. Or qui était Ledoux, un architecte du XVIIIᵉ, celui des Salines d’Arc-et-Senans.

Et que retient-on de Ledoux ?

Qu’il était par essence l’architecte de l’utopie. Il a peu construit et il ne reste pas grand-chose de ses chefs-d’œuvre.

D’où ma remarque finale. L’odonymie est pleine de pièges. La parfaite égalité des Noirs et des Blancs sous le manteau de la République que doit figurer l’allée Mademba Sy relève aussi du vocabulaire de l’utopie.

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