L'acte de la première fondation de l'Ecole nationale des chartes est signé en 1821 par Louis XVIII. Le mot charte avait alors une grande importance. Sous la Restauration, le pays était gouverné selon les principes d'une charte. Une charte, c'est ce qui assure une propriété, un statut. C'est une garantie.

Fronton de l'entrée de l'Ecole nationale des chartes à Paris
Fronton de l'entrée de l'Ecole nationale des chartes à Paris © AFP / Daniel Thierry / Photononstop

Le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit. L'Ecole nationale des chartes a été fondée en février 1821. Elle a fêté ses deux cents ans avec la modestie qui la caractérise, même si un timbre a été émis à l'occasion.

L'Ecole des chartes s'est toujours distinguée par sa discrétion de violette - alors qu'elle a accompagné la floraison de l'histoire en France.

L'acte de sa première fondation est signé en 1821 en effet par Louis XVIII. Le mot charte avait alors une grande importance. Sous la Restauration, le pays était gouverné selon les principes d'une charte. Une charte, c'est ce qui assure une propriété, un statut. C'est une garantie. L'esprit chartiste consiste à appliquer à tout document une méthode qui établira son histoire, par une méthode méticuleuse.

Pour prendre un exemple à une époque où, pour une fois, l'Ecole des chartes fut mise en lumière : le fameux bordereau et les documents liés à l'affaire Dreyfus. L'initiateur de la police scientifique, le fameux Bertillon, avait cru pouvoir accabler le malheureux capitaine par une analyse graphologique fantaisiste. Plus tard, le directeur de l'Ecole, Meyer, et quatre autres chartistes vont affirmer le contraire. C'est eux qui ont raison. C'est à ce moment -1899- qu'apparaît dans le vocabulaire le mot chartiste. Comme le mot intellectuel qui commence alors à faire fortune. Mais "chartiste" inspire un respect plus général.

-L'esprit chartiste, c'est une méthode, une attitude aussi.

Les archives départementales, les bibliothèques et les musées de province ont permis la mise en place d'un réseau d'emplois qui leur étaient par nature destinés, honorables mais modestes. Il arrivait au général de Gaulle dans ses moments de mélancolie de faire un rêve : "Ah, être conservateur à Avranches et, au soir de sa vie, engager une grande polémique avec le chanoine de l'endroit pour savoir si Jeanne d'Arc ou Anne de Bretagne est passée par là".

Le général, fatigué de l'avant- scène, songeait alors aux charmes du retrait.

C'est d'ailleurs parce que les hommes des Chartes ne se haussaient pas du col que l'Ecole s'est ouverte très vite aux femmes. Dès 1906, l'une d'elles réussit le concours. Les Archives du Cantal lui seront offertes. On ne se disputait pas le poste d'Aurillac.

-L'Ecole serait-elle destinée à ceux qui seraient mal à l'aise avec le monde contemporain ?

Elle a pu donner parfois cette impression. Ces enseignements techniques rares très spécialisés qui font une part de l'enseignement, ça dépaysent ! Ah, la paléographie, la science des écritures manuscrites, et tous ses détours ! 

Quand vous déchiffrez les ordonnances de votre médecin, vous faites de la paléographie. Mais de plus en plus souvent, l'ordonnance est livrée par l'ordinateur. Les chartistes doivent dorénavant se préoccuper de la conservation des sources numériques natives. Et du traitement numérique des sources anciennes. Pour prendre un exemple simpliste : dans un texte, comment vont se constituer et se modifier les occurrences, les constellations de mots, de références ? Cela s'appelle la philologie computationnelle. Et la vocation des Chartes est d'appliquer le même traitement aux images, à l'architecture. Cela s'appelle les humanités numériques. Elles ne peuvent être seulement l'affaire de techniciens. Il faut disposer de suffisamment d'humanités pour savoir poser les bonnes questions

-Par quels chemins rejoint-on les Chartes ?

Ils sont étroits. Peu de lycées proposent des classes préparatoires. Si on est provincial et qu'on veut s'éloigner de ses parents sans les fâcher, c'est une bonne méthode. Il faut savoir qu'au bout de trois ans d'études et quelque, un deuxième concours vous attend. Celui de l'ENSSIB à destination des bibliothèques ou celui de l'Institut national du patrimoine à destination des archives ou du patrimoine. 

Toutes les institutions qui à travers la France ont besoin de chartistes se trouveraient mieux d'avoir affaire à des promotions de 40, comme il y a quelques années encore, plutôt que de vingt seulement.

Gallimard publie un livre collectif à l'occasion du bicentenaire de l'Ecole nationale des chartes « L’École nationale des chartes. Deux cents ans au service de l’Histoire »

Ouvrage : Jean-Charles Bédague, Michelle Bubenicek et Olivier Poncet L’École nationale des chartes. Deux cents ans au service de l’Histoire Gallimard

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