Apostasie, apostat. Y a-t-il mot plus négatif ? Qu'on pense à la terrible réputation qui fut faite dans le monde chrétien à l'empereur Julien ! Au milieu du IVe siècle, il voulut revenir sur la conversion de son prédécesseur Constantin, rétablir la religion romaine ancienne et mettre à égalité tous les cultes.

Julien l'Apostat présidant une réunion sectaire - peinture de Edward Armitage 1875
Julien l'Apostat présidant une réunion sectaire - peinture de Edward Armitage 1875 © Getty / Universal History Archive

-La charte des principes pour l'Islam de France que vient de rédiger le Conseil français du culte musulman n'a pour l'heure été signée que par six des neuf fédérations qui composent le Conseil. Mais l'article 3 n'est pas le motif de la discussion. Il semble qu'il soit adopté par tous, il affirme qu'il est permis à chaque citoyen de croire ou ne pas croire, de pratiquer le culte de son choix et... de changer de religion.

Davantage, Les signataires s'engagent à ne pas criminaliser le renoncement à l'islam et à ne plus le qualifier d'apostasie.

Une première charte avait été rédigée par le même Conseil à ses débuts, en 2000. Cet article avait trouvé place dans la version initiale puis il avait disparu dans la version finale. Nous assistons donc aujourd'hui à une évolution importante.

Apostasie, apostat. Y a-t-il mot plus négatif ? Qu'on pense à la terrible réputation qui fut faite dans le monde chrétien à l'empereur Julien ! Au milieu du IVe siècle, il voulut revenir sur la conversion de son prédécesseur Constantin, rétablir la religion romaine ancienne et mettre à égalité tous les cultes par un édit de tolérance : il a été pendant au moins un millénaire maudit comme Julien l'Apostat.

Dans les pays où l'islam est religion d'état, l'apostasie peut commencer tôt. Il peut suffire de ne pas pratiquer la religion suffisamment !

Aux apostats de toutes catégories, on recommandera, s'il cherche l'indulgence, de se réclamer du seul Coran : il y est dit que la colère de Dieu est sur eux et qu'un châtiment terrible les attend mais il n'est pas dit quand et comment. En revanche, si vous vous référez aux hadiths - les paroles du Prophète ou celles prononcées devant lui - il en est deux qui affirment : "Qui change de religion, tuez-le !" Pis, le droit musulman traditionnel, plus qu'au Coran ou aux hadiths, emprunte aux mœurs violentes des successeurs du Prophète qui devaient faire face à de multiples guerres locales : depuis, on a vite fait de traiter d'apostasie n'importe quelle déloyauté politique.

-L'islam de France semble donc accepter de rompre avec cette tradition qui continue de prévaloir dans beaucoup de pays où l'islam reste en situation de monopole.

Oui mais l'islam de France, qu'est-ce à dire ? Y a-t-il un prédicateur, un intellectuel musulman qui peut prétendre à représenter plus de 5% des musulmans de notre pays ? Exemple. La Grande Mosquée de Paris regroupe au maximum 10% des mosquées. Et si le recteur qui vient d'y prendre le pouvoir est appelé Maître Haziz, c'est qu'il est avocat et non pas maître en choses de la foi.

Les responsables du CFCM sont des représentants de réseaux, des gestionnaires. Ils n'ont pas de légitimité théologique.

Ils considèrent l'attitude des musulmans de France qui dans leur très grande majorité pratiquent quotidiennement les principes de la République, ils entendent l'injonction politique qui leur est faite par le président Macron. Il leur apparaît opportun d'oublier l'apostasie et de reconnaître la liberté religieuse.  

-Mais reste à savoir si ce choix politique peut contribuer à faire évoluer la réflexion théologique.

Peut-il en effet accélérer le travail d'interprétation des textes. L'histoire religieuse, c'est une histoire de l'interprétation. Quand le contexte change, l'interprétation bouge.

En France, combien de temps a-t-il fallu à l'Eglise catholique pour s'accommoder de la République ? Elle y était parvenue à peu près que la dogmatique ancienne régnait encore à Rome. Ce n'est que dans les derniers jours du concile Vatican II qu'un texte fut adopté qui reconnaissait la liberté religieuse. Et encore à la suite d'une discussion acharnée entre les différents courants de l'épiscopat mondial. Et ce alors que dans la plupart des pays, les catholiques avaient accepté cette liberté religieuse et vivaient avec.

-Quand on est croyant, c'est difficile de concevoir que l'apostat vaut autant que vous.

C'est difficile aussi de concevoir que celui qui ne croit pas restera jusqu'au bout tourmenté par le châtiment sans être sauvé par la grâce de Dieu. Dans le christianisme, il est un courant qui dit ceci : l'enfer à perpétuité n'est pas concevable ; à la fin des fins, toutes les créatures douées de raison seront nécessairement dans leur état d'unité avec Dieu. Ça s'appelle, tenez-vous bien, l'apocatastasie. L'apocatastasie laisse à chacun la liberté de se tromper.

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