A la Sainte Catherine, on fêtait - encore assez récemment dans toutes sortes d'entreprises - les jeunes filles qui, ayant atteint l'âge de 25 ans, n'étaient pas encore mariées. Il s'agissait de leur montrer que la situation n'était aucunement désespérée : la promesse de l'amour était toujours là.

Catherinettes en 1933
Catherinettes en 1933 © Getty / Keystone-France

-Aujourd'hui, 25 novembre, journée mondiale pour l'élimination des violences faites aux femmes. La Sainte Catherine risque de passer inaperçue mais elle a eu longtemps son importance.

Sainte Catherine, martyre morte déchiquetée sur quatre roues armées de pointes, se serait vue accueillie ainsi au Paradis "Viens ma bien aimée, la porte du Ciel t'est ouverte". La martyre était vierge bien entendu, son nom est néanmoins associé à la fécondité : "A la Sainte Catherine, tout bois prend racine". C'est le moment de planter des arbres.

A la Sainte Catherine, on fêtait - encore assez récemment dans toutes sortes d'entreprises - les jeunes filles qui, ayant atteint l'âge de 25 ans, n'étaient pas encore mariées. Il s'agissait de leur montrer que la situation n'était aucunement désespérée : la promesse de l'amour était toujours là. D'ailleurs un bal, occasion de rencontres, accompagnait la fête qui avait commencé par un moment-clé : le cadeau fait par le groupe à la jeune fille d'un chapeau qu'elle devait porter toute la journée. Chapeau le plus extravagant possible qui conjuguait le jaune (la sagesse acquise) et le vert (l’espoir de l'amour à venir). Chapeau qui faisait souvent référence à l'entreprise où il avait été confectionné ou encore à l'actualité - on a vu des chapeaux de Sainte Catherine portant la francisque puis la croix de Lorraine.

C'est dans le petit monde du textile et de la mode que la Sainte Catherine a le mieux tenu le coup. Un signe, tardif : en 1986, la mairie de Paris institua, ce jour-là, une réception à l'Hôtel de Ville pour les maisons de haute couture.

Mais voilà, l'âge au mariage est devenu beaucoup plus tardif et le mariage lui-même beaucoup moins universel ! S'il fallait encore fêter les Catherinettes, il faudrait fêter quasi toutes les femmes. Des féministes d'autres époques ont pu soutenir cette fête : chômée dans le monde de la mode, elle signifiait aussi aux dactylos ou aux demoiselles des PTT qu'il était possible de vivre en travaillant sans mari. On a entendu sur les ondes de France Inter que les féministes d'aujourd'hui portent évidemment davantage d'attention à la journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes, fixée ce même 25 novembre.

-La Sainte Catherine était associée à la Saint-Nicolas qui, cette année, est touchée par la suppression des marchés dits de Noël qui, dans l'Est, s'organisaient en réalité autour du 6 décembre.

Vous savez que Saint Nicolas avait sauvé trois garçons du saloir où un boucher les avait déposés découpés en morceaux. Mais, non content de reconstituer les corps, il avait aussi fait s'échapper de la prostitution les filles d'un noble ruiné qui voulait les y plonger : il jetait les bourses d'or dont ce père de famille indigne avait besoin par les fenêtres de sa maison.

Il se trouve que la légende de Saint Nicolas, évêque en Anatolie et celle de Sainte Catherine, martyre à Alexandrie se situent à l'Est de la Méditerranée et à un siècle seulement de distance - IIIème et IVème. Une tradition a donc pu se constituer sans trop d'invraisemblance qui affirme que Sainte Catherine manquant d'aiguille, Saint Nicolas lui en a en apporté ! 

En clair, les Catherinettes en chapeau recevaient souvent l'hommage des garçons porteurs de la crosse de l'évêque Nicolas; à Paris, ils s'en allaient d'ailleurs bras dessus bras dessous à la réception de l'Hôtel de Ville.

-Mais voilà, cette année, la Saint Nicolas passe à l'as. On n'en a plus que pour le Black Friday.

La Saint Nicolas qui, pour les enfants de l'Est de la France, signifie l'irruption de la lumière dans une période où le soir tombe tôt, va se retrouver au milieu de la Black Week. Davantage, la Saint Nicolas sera la veille du Cyber Monday. Lequel précèdera la Fête des Lumières qui ne pourra être célébrée à Lyon. Quel écheveau !

Qui a dit que l'influence américaine diminuait ?

Tiens, demain, c'est Thanksgiving, sensée, à l'origine, célébrer par le jeûne et la prière la bonne entente entre les premiers colons et les autochtones aux débuts de l'implantation européenne.

Trump va sauver du sacrifice ses deux dernières dindes.

Thanksgiving est devenu, avant même qu'on pense au Black Friday, le déclencheur des achats de fin d'année. C'est bien pour cela que le président Roosevelt l'a pérennisé à la date où il se situe maintenant. Pour lutter contre la dépression des achats et activer le commerce le plus tôt possible.

On en vient à regretter, malgré son incongruité, la frugalité de la Sainte Catherine.

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