L'histoire du climat a pris l'habitude de mettre deux étés froids en exergue. L'un en 536, sous l'empereur romain Justinien et l'autre en 1816 quand régnait en France le roi Louis XVIII. Mais plutôt que d'étés froids, il faudrait parler d'étés sans soleil.

"Lac dans le Riesengebirge" par Gustav Karl Ludwig Richter
"Lac dans le Riesengebirge" par Gustav Karl Ludwig Richter © Getty / Heritage Images

"Le temps qu'il fait est le premier acteur de l'histoire". Qui a dit cela ?

Un sacré chroniqueur, l'auteur d'innombrables Propos dans la Dépêche de Rouen, Alain, grand professeur de philosophie qui, en fils de vétérinaire, aimait comparer les études avec le sillon que trace un cheval de labour.

Rien qu'à observer la précocité des vendanges cette année, on peut dire que l'été 2020 a été vraiment chaud et sec. Et encore n'est-il pas fini. En 1911, une interminable canicule semblait à peine s'achever que, soudain, la chaleur reprit. Et la Joconde fut volée au Louvre. Deux cataclysmes.

Mais parlons plutôt des étés froids qui nous paraissent bien lointains maintenant.

L'histoire du climat a pris l'habitude d'en mettre deux en exergue. L'un en 536, sous l'empereur romain Justinien et l'autre en 1816 quand régnait en France le roi Louis XVIII.

Plutôt que d'étés froids, il faudrait parler d'étés sans soleil. Si la décennie 536-545 est la plus froide qu'on ait connu au long de deux derniers millénaires et si les étés 1816-1817 ont désespéré les paysans, c'est la conséquence, dans le premier cas, d’une exceptionnelle activité volcanique dans l'hémisphère Nord et, dans le second, d'une éruption du volcan Tambora dans l'hémisphère Sud, aux Indes néerlandaises, l'actuelle Indonésie. Les cendres retombèrent rapidement à proximité des lieux d'origine de la catastrophe mais les aérosols soufrés circulèrent longtemps et très loin. En 536, en Italie, le préfet Cassiodore se lamentait : "Nos corps n'ont plus d'ombre même au milieu du jour, nous voyons un soleil presque bleu." Et pareillement en 1817 l'écrivain Lord Byron : "Nous regardons avec inquiétude le ciel monotone/ Etendre comme un drap mortuaire sur le cadavre du monde."

-Les conséquences de ces étés de catastrophe ont été perçues de suite.

Le développement des cultures se trouva interrompu. La rareté des produits entraina la cherté, la spéculation, des émeutes et des pillages quand des convois s'ébranlaient depuis les régions productrices vers les villes. Les Irlandais furent réduits à la famine dès que le froid et l'humidité attaquèrent les pommes de terre dont ils étaient grands producteurs. Inversement, les habitants de notre Quercy découvrirent la pomme de terre. Les variations climatiques provoquent souvent des transformations de la production et des remues d'hommes : aux Etats-Unis, la poussée vers l'Ouest s'esquissa à cet instant.

La conviction, ancrée depuis Buffon, qu'on vivait un long refroidissement s'en trouva apparemment confortée. Mais en octobre 1817, la Société helvétique des sciences naturelles mit au concours la question de ce refroidissement, vue des Alpes suisses où on avait été réduit parfois à manger de l'herbe. Le savant Venet produisit une étude très novatrice sur les glissements des emplacements occupés par les moraines. Il en résultait qu'on avait déjà connu des périodes beaucoup plus froides. La théorie de l'alternance d'âges glaciaires assez courts prit son envol.

Laissons cela à Mathieu Vidard. Mais les effets sur les arts  ?

On se souvient qu'au XIVe siècle, pendant la longue Peste noire, après que Boccace et ses amis s'étaient retirés à la campagne pour s'y raconter le Décaméron, des peintres inventèrent les danses macabres, des sculpteurs les écorchés, comme pour extraire le mal en le désignant. En 1817, un groupe de poètes anglais trouva refuge sur le bord du lac Léman. En sortit le Frankenstein de Marie Shelley puis le premier Vampire signé John Polidori.

C'est la contribution des artistes. Quand l'horizon est barré, on peut espérer qu'ils l'ouvriront en dessinant de nouvelles perspectives - fantastiques peut-être.

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