A Dunkerque en février 2021, pour tromper l'enfermement, on se dit qu'on retrouvera bien un jour les carnavals des temps de prospérité. La référence dans l'histoire qui vient alors, comme par automatisme, ce sont les Années 20 dites les Années folles avec leurs clichés qui surgissent comme en rafales...

Bal du 14 juillet dans une rue à Paris en 1929
Bal du 14 juillet dans une rue à Paris en 1929 © Getty / Keystone-France

-Dans le cercle vicieux où la pandémie nous a enfermés, nous sommes arrivés à un point où notre horizon d'attente change. Pendant le long printemps dernier, beaucoup d'entre nous imaginaient une future réconciliation avec la nature - le modèle Jean-Jacques Rousseau. Aujourd'hui, fin de l'hiver, resserrements annoncés, les mêmes peuvent se dire : "Bon sang, et si la fête enfin recommençait ?"

Le printemps dernier, la conversation roulait volontiers sur l'ultimatum que nous avant lancé la Terre ; on discutait des biens qu'il faudrait mettre en commun et du comportement économe que chacun devrait adopter. 

A Dunkerque en février 2021, pour tromper l'enfermement, on se dit qu'on retrouvera bien un jour les carnavals des temps de prospérité. Comme à Rio, on ne cesse d'évoquer les fêtes d'après la grippe espagnole.

Quelle explosion ce sera quand on pourra se livrer à l'extravagance !

-La référence dans l'histoire qui vient alors, comme par automatisme, ce sont les Années 20 dites les Années folles. 

Avec leurs clichés qui surgissent comme en rafales. Les cheveux coupés à la garçonne, les jupes au-dessus du genou, le jazz... Emmanuel de Waresquiel, dans sa chronique du numéro de mars d'Historia, imagine un futur défilé de la victoire - mais pas le 11 novembre - réunissant des chars tapissés de fleurs en forme de coronavirus avec, en tête de cortège, le docteur Castex lançant à la volée des préservatifs à la foule en délire.

-Il est vrai que ce serait incroyable, merveilleux...

Si vous étiez en 1795, autre époque de soulagement, vous diriez en omettant le « r » : incoyable, meveilleux.

L'autre référence historique qui nous rattrape, c'est en effet l'après-Terreur où les jeunes gens parlaient ainsi à Paris. On n'en pouvait plus d'avoir eu si longtemps peur.

Une dansomanie frénétique saisit le pays. Pensez que des familles de guillotinés organisent des bals à elles seules destinées pour oublier le chagrin et l'amertume.

La gavotte se répand à la vitesse du feu dans la prairie. Les frontières avec l'Allemagne se rouvrant, la valse s'introduit qui concurrence la contredanse.

Madame Tallien ou Joséphine de Beauharnais donnent le la. On les représente en robes souvent transparentes, mis en valeur par leur mobilier néo-classique. Car l'ironie veut que les meubles Directoire s'inspirent de Sparte ou de la république romaine, époques où ne s'asseyait pas sur les vertus publiques.

-Les vertus publiques, elles étaient jetées par-dessus les moulins !

Interrogé par le journal L'Opinion, l'historien Fréderic Monier, auteur de "L'argent immoral et les profiteurs de guerre" prédit que le retour à la consommation ne se fera pas, en effet, de manière vertueuse. 

Plusieurs groupes sociaux sortiront perdants.

Et il ne faudra pas oublier la dette. On pense à la dette publique : la question a empoisonné les années 20 comme celles d'après 1795. Surtout la dette au sens plein du mot. Les bals ne désemplissaient pas dans les années folles mais les rues étaient parcourues de veuves en grand deuil. 

L'amnésie, c'est tentant mais peut-on construire dessus ?

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.