Entre 1879 et 1885, Jules Ferry est continument ministre de l'Instruction publique et président du Conseil. Il constate que la jeune République est fragile. Et pour la conforter, il fait le pari de la liberté. Il faudrait dire : des libertés.

Jules Ferry
Jules Ferry © Getty / DE AGOSTINI PICTURE LIBRARY

On parle beaucoup ces temps-ci de libertés (des cultes, des associations, de la presse), de l'école laïque aussi... Mais d'où viennent ces piliers encore fondateurs de notre république aujourd'hui ?  

Eh bien de lois votées entre 1880 et 1905... et le premier grand ingénieur s'appelle Jules Ferry. 

Entre 1879 et 1885, il est continument ministre de l'Instruction publique et président du Conseil. Il constate que la jeune République est fragile. Et pour la conforter, il fait le pari de la liberté. Il faudrait dire : des libertés. C'est une flottille de lois, que dis-je, une armada qu'il lance en très peu de temps. Et ces lois avancent bord à bord, s'appuient les unes les autres 

Exemple : les lois sur l'école 1881 1882  et la loi sur les communes 1882

Avant Ferry, une grande majorité des enfants passait déjà par une école mais l'école gratuite et obligatoire, c'est lui. Une école où on ne fait plus la prière le matin et qui n'est plus inspectée par le curé : la paroisse et  la commune sont totalement distinctes.

Les maires ne sont pas nommés mais choisis par le conseil municipal élu. Ils sont invités à élever au centre de leur commune des palais de la République composés, au centre, de la mairie, flanquée de deux ailes, l'école communale des filles d'un côté et celle des garçons de l'autre. Je mets dans cet ordre parce que Ferry s'est beaucoup intéressé à l'éducation des filles. Le divorce, d'ailleurs, c'est lui aussi : loi Naquet, 1884.

Jules Ferry fait voter ses lois éponymes du 16 juin 1881 et du 28 mars 1882, qui rendent l'enseignement primaire en France gratuit, laïc et obligatoire.
Jules Ferry fait voter ses lois éponymes du 16 juin 1881 et du 28 mars 1882, qui rendent l'enseignement primaire en France gratuit, laïc et obligatoire. © Getty / Jacques Pavlovsky

Et le navire amiral de cette impressionnante flotte législative, c'est la liberté de la presse

Elle cherchait son chemin depuis un siècle et s'était heurtée à de véritables barrages sous Napoléon Ier et Napoléon III . 

1881 : Ferry affranchit l'imprimerie et la librairie du contrôle _a priori_même s'il instaure des dispositions de contrôle a posteriori – on les a depuis enrichies et modernisées des dizaines de fois.

Parmi les textes de Ferry, il en est un que j'aime particulièrement. C'est l'éloge qu'il fit d'un simple journaliste républicain de Vic-en-Bigorre, dans les Hautes Pyrénées. Un  homme  qui devait avoir l'accent de notre Premier ministre... Il avait œuvré dans l'une de ces gazettes innombrables qui, depuis la loi libératrice s'étaient multipliées à travers le pays et se faisant concurrence, répandaient une information contrastée à partir de laquelle  chacun pouvait exercer son choix. 

La France de Ferry est en effet constituée de petites patries peuplées de lecteurs-électeurs. Dès 1882, les murs de la classe étaient couverts de cartes qui les situaient et les élèves étaient appelés à connaitre les ressources que chacune de ces petites patries pouvait apporter à la grande : n'attends pas tout de la République, donnes lui beaucoup.

Sur les murs des classes, on verra aussi bientôt les cartes de l'empire colonial

Rappelons seulement pour mémoire que les contemporains étaient conscients de la difficulté. Les républicains anticolonialistes étaient assez nombreux pour faire chuter brutalement le ministère Ferry sur ce thème. Et parmi les plus anticolonialistes ?  Il y avait les paysans qui n'avaient pas envie de perdre par l'épée ce qu'ils avaient gagné par la liberté.

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