Le confinement, cela peut se vivre comme des séquences : la première, la seconde, la troisième - qui sait ? Ces séquences sont tout de même de courte durée. Histoire de nous rassurer sans doute, parlons du confinement dans le long terme.

Reconstitution en Dordogne d'une hutte d'hommes de Cro-Magnon en os de mammouth découverte en Sibérie
Reconstitution en Dordogne d'une hutte d'hommes de Cro-Magnon en os de mammouth découverte en Sibérie © Getty / Jean-Pierre BOUCHARD

Il faut être généreux, ne pas la jouer petit bras, l’histoire se calcule en millénaires. Et la tendance est d’ailleurs d’y intégrer ce qu’on appelle encore la préhistoire. Si l'histoire est celle de l'humanité, la préhistoire ne doit pas être soustraite, elle est l'histoire des commencements. Dans l'histoire, il y a des histoires successives ; en sont déjà le néolithique et le paléolithique qui vit apparaître notre aïeul, homo sapiens sapiens.

Homo sapiens sapiens, c'est un personnage de plein air ; on ne peut pas dire qu'il était confiné... Les premiers humains, primates parmi les autres, vivaient en effet en nomades au gré des ressources saisonnières. S'ils avaient parfois des installations en dur, par exemple les cabanes en ossements de mammouth d'il y a 25000 ans qu'on a retrouvés dans les steppes de Russie méridionale et d'Ukraine, ils les destinaient, en bordure de cours d'eau, à la chasse temporaire des animaux migrateurs. Quant aux grottes dont ils peignaient les profondeurs, c'étaient des lieux sacrés où procéder sans doute à des rituels mais pas des habitats permanents. Les seuls qui ont pu s’établir à cette période très ancienne l’ont été en bord de mer, là où il y avait des ressources aquatiques. Exemple parmi peu d’autres, les Jomons du Japon.

Le confinement commencerait donc avec le Néolithique. C'est d'ailleurs le thème d'un papier de l'archéologue Jean-Paul Demoule qui ouvre le dernier numéro de la revue Archeologia. Le néolithique , c'est l'invention de l'agriculture et, avec elle, l'installation à demeure. Demoule ajoute : l'invention du confinement. 

La peur rôde de cabane en cabane : va-t-on venir me voler ? La peur, c'est aussi celle des maladies : le recul des espaces forestiers rapproche dangereusement les humains des animaux sauvages et de leurs maladies. Pour conjurer la peur, les villages s'entourent de fortifications, de palissades, de levées de terre dont l'archéologue Jean-Pierre Demoule retrouve les traces un peu partout. 

Et depuis, le confinement ne cesse de s'étendre : des villages, on passe aux villes qui apparaissent vers la fin du IVème millénaire avant notre ère en Egypte et en Mésopotamie, un peu plus tard en Iran, dans la vallée de l'Indus et en Chine. Les villes avec leurs remparts, leurs portes, plus tard leurs horloges au-dessus des portes qui marquent le moment du couvre-feu. La ville rend libre, a-t-on dit. Demoule répond que, permettant le développement des professions sédentaires, elle confine. En outre, l'invention de l'écriture donne la possibilité de correspondre avec un interlocuteur sans avoir à se déplacer. Le télétravail est l'aboutissement d'un mouvement imparable.

Il y a pourtant la main d'œuvre agricole dispersée dans les champs, la main d'œuvre ouvrière dans les usines qui sont de plus en plus installées en milieu rural, les migrations quotidiennes que cela suppose. Demoule répond : vous verrez bientôt ou vos enfants verront les effets de la robotisation et de la production de nourriture artificielle. Si, par exemple, la viande se fabrique de la sorte, plus besoin de vaches ni de prairies  pour les nourrir. Il y a aujourd’hui une adjointe à l’agriculture à la mairie de Paris.
 

Contact