La revue "Le chasse-marée", qui fête ses 40 ans, est domiciliée désormais à Port-Rhu dans une ancienne conserverie. Elle paraît six fois par an dans une nouvelle formule de 130 pages. L'axe est moins le patrimoine maritime comme à ses débuts mais plutôt la culture maritime d'aujourd'hui sous toutes ses formes.

Chaloupe traditionelle "Notre Dame de Béquerel" au port musée de Port-Rhu en 1990
Chaloupe traditionelle "Notre Dame de Béquerel" au port musée de Port-Rhu en 1990 © Getty / Gérard SIOEN

-Le Vendée Globe n'existait pas encore que Le Chasse-Marée naissait à Douarnenez, en 1981. Quarantième anniversaire et nouvelle formule pour la revue à laquelle le monde maritime doit tant.

Douarnenez, c'est un port sardinier. Le chasse-marée, c'est une grande chaloupe qui rapporte rapidement les sardines du lieu de pêche au port.

Bernard Cadoret, le fondateur de la revue, a donné le branle à la restauration et à la reconstruction de toutes sortes de bateaux de travail que la modernisation avant fait mettre de côté. Des associations s'y sont consacrées que Le Chasse-Marée a encouragées en leur donnant rendez-vous dans des fêtes maritimes d'un autre genre que les rassemblements au départ ou à l'arrivée du Vendée Globe. Il ne s'agit pas de saluer des skippers sur des prototypes innovateurs mais des voiles au travail. La basquine de Cancale, la chaloupe de Daouët ou de Plougastel, la goélette Recouvrance de Brest... J'ai une pensée particulière pour le doris de Saint-Pierre-et-Miquelon. L'association qui relance ce long canot de pêche tout en courbes s'est nommée les Zigotos. Le Chasse-Marée pousse les zigotos de tous poils à remonter à bord des vieux tapeculs.

-La première adresse du Chasse-Marée fut l'Abri du marin à Douarnenez.

C'est l'époque héroïque. Le Chasse-Marée- qui appartient maintenant au groupe Ouest-France- est alors une simple Scop. Elle trouve asile avenue Jacques de Thézac. Thézac, c’était un aristocrate du centre de la France installé par son mariage en Bretagne. Nous étions autour de 1900 et ce n'était certes pas la Belle Epoque pour les marins. Thézac fonde pour eux "L'Almanach du marin breton", une source d'informations encore inépuisable aujourd'hui puis un réseau d'abris dans les ports où les hommes trouveront un dortoir pour dormir, une table pour écrire leur correspondance, une bibliothèque pour emprunter des livres, une salle où discuter et boire - très modérément. A la veille de la Grande Guerre, une dizaine d'Abris ont été créés, tous derrière une façade peinte en rose. Thézac va de l'un à l'autre dans sa voiture qu'il a fait carrosser comme un canot. C'est aussi un grand photographe qui documente très précisément la vie des ports. Le Chasse-Marée qui porte la plus grande attention à la photo pouvait-il trouver meilleure adresse que l'Abri, avenue Jacques de Thézac ?

-Maintenant il est toujours domicilié à Douarnenez mais Port-Rhu dans une ancienne conserverie.

Et il paraît six fois par an dans une nouvelle formule de 130 pages sur un superbe papier. L'axe est moins le patrimoine maritime comme à ses débuts mais plutôt la culture maritime d'aujourd'hui sous toutes ses formes. Joseph Ponthus publie quelques-uns de ses feuillets composés dans les usines de traitement de la marée. Laurent Chauvaud décrit la coquille Saint-Jacques dont il est le spécialiste incontesté On trouve même une chronique de l'incomparable Jean-Louis Ezine, bien connu des auditeurs de France Culture et du Masque et la Plume.

Et plusieurs articles au long cours. J'en retiens un, consacré à Georges Simenon qui a publié son premier roman- sous un pseudonyme- en 1921. Simenon n'a pas fréquenté Douarn mais Concarneau où écrit-il, "une poussière d'eau froide en suspension dans l'air reliait les pavés mouillés aux nuages." Il aurait aimé disposer des dossiers techniques du Chasse-Marée quand, à Fécamp cette fois, il fit construire un cotre de 11 mètres, L'Ostrogoth. Simenon y vécut près de deux ans avec sa petite famille. En septembre 1929, ils étaient aux Pays-Bas quand surgit au beau milieu de la rédaction de Pietr le Letton, un certain Maigret. Maigret qu'on voit toujours partageant le pot-au-feu avec Madame boulevard Richard-Lenoir est né sur un bateau !

Dans ses Mémoires, Maigret signalera la présence de L'Ostrogoth sur les quais de Seine. Invité à une fête qu'y donne Simenon, le commissaire s'abstiendra. Trop d'énergumènes pour lui. Cependant, dit Maigret, "une fois, en franchissant le Pont-Neuf, je vis le bateau en question et sur le pont, au pied du mât, quelqu'un qui tapait à la machine, coiffé d'une casquette de capitaine au long cours".

Simenon ? Georges Pernoud ? C'est ainsi qu'en lisant Le Chasse-Marée, on pense soudain à la péniche de Thalassa. Cette année aura vu la disparition de Pernoud et la renaissance du Chasse-Marée. On n'a pas fini d'entendre la parole -rare- des marins.

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