La commission parlementaire qui prépare le texte de 1905 sur la laïcité est présidée par Buisson et le rapporteur est un homme attentif à tenir tous les bouts de la chaîne, Aristide Briand. Le vote de la loi fait l'objet de discussions approfondies : 48 séances à l'Assemblée, 21 au Sénat, on ne vote pas en urgence.

Expulsion de la religion des écoles après la loi du 9 décembre 1905 sur la laïcité
Expulsion de la religion des écoles après la loi du 9 décembre 1905 sur la laïcité © Getty / API

-Les années 1880, Jules Ferry. 1901, Waldeck Rousseau et la liberté d'association. Ces lois amènent au moment 1905, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, le troisième moment fondateur que vous allez évoquer aujourd'hui, aboutissement des lois laïques antécédentes.

Vous faites bien d'utiliser l'adjectif et non pas le substantif. Le mot de laïcité ne s'est en effet imposé que progressivement chez les républicains de gouvernement - je ne parle pas des radicaux et de l'extrême gauche qui l'utilisent à la suite d'un auteur de la génération précédente, Edgar Quinet.

Le discours de Jules Ferry sur l'école ne présente jamais la laïcité comme alternative aux religions. Pour lui, une majorité des Français était devenue républicaine mais une majorité était restée catholique. Et c'étaient parfois les mêmes qui respectaient la Fête-Dieu et Marianne. Il fallait ne heurter personne. Aussi, par exemple, au début des années 1880, recommandait-il aux instituteurs de ne rien dire qui pût choquer les parents.

Compère de Ferry, Ferdinand Buisson, parlementaire, lui, dans la première édition de son Dictionnaire de pédagogie qui pénètrera dans toutes les bibliothèques des écoles, proposait une transition, un dénivelé doux, un évangile... laïque - notez l'adjectif - qui présentait un idéal moral sans dogmes certes ni prêtres mais qu'il espérait compatible avec le catholicisme.

Quant à Waldeck-Rousseau, quand il se retire volontairement en 1902, il préconise; "N'allez pas trop loin".

-1903; le successeur de Waldeck-Rousseau, à la présidence du Conseil à Paris, est un ancien séminariste retourné. Le pape qui est élu à Rome, Pie X, un intégraliste convaincu. L'incendie s'allume.

L'anticléricalisme explose. Il fait feu de tout bois et le nourrit avec le nom Laïcité avec un grand L.

Mais ce n'est pas Combes qui va finaliser la loi de 1905; ses excès lui ont fait perdre sa majorité. La commission parlementaire qui prépare le texte est présidée par Buisson et le rapporteur est un homme attentif à tenir tous les bouts de la chaîne, Aristide Briand.

Le vote de la loi fait l'objet de discussions longues, approfondies : 48 séances à l'Assemblée, 21 au Sénat, on ne vote pas en urgence.

-Et la loi que nous imaginons être seulement une loi de Séparation s'avance sur deux fronts.

Un. La rupture avec le système concordataire en place depuis 1801 et qui faisait salarier les ministres des cultes par l'Etat.

Deux. La liberté des cultes. La loi de 1905, comme les lois Ferry et Waldeck-Rousseau est une loi sur la liberté.

Les Eglises n'étant pas considérées comme des catégories juridiques, ce qui est visé, c'est l'exercice des cultes. Les catholiques sont invités à sortir non seulement de leur dépendance vis-à-vis de l'Etat mais aussi de leur rêve médiéval de monopole, de chrétienté. Et à entrer dans un système pluriel. Il va sans dire que les autres cultes reconnus, le calviniste et le luthérien (aujourd'hui réunis) et le juif s'en accommoderont beaucoup mieux que le catholique.

-La conciliation aurait peut-être pu fonctionner si le Pape Pie X ne l'avait absolument refusée.

Aristide Briand avait imaginé un système subtil de gestion des quelque 40000 édifices du culte catholique par des associations cultuelles communales animées par des paroissiens. C'était introduire des germes de démocratie dans l'Eglise ! Pie X tonna : de quel droit peut-on jeter pas dessus bord l'autorité intangible du Pontife romain et de ses évêques ? Il faudra la Grande Guerre et la réintégration consécutive des catholiques dans la société française pour qu'un compromis soit trouvé : des associations... diocésaines dirigées par les évêques et leur clergé. C’est eux les affectataires des églises. La laïcité est aussi faite d'accommodements voire d'exceptions.

Mais l'hypothèse des associations cultuelles au niveau local est restée ouverte. Et les musulmans ont pu l'utiliser à leur compte.

La mosquée de Pantin, par exemple, qui vient d'être fermée provisoirement est, si j'en crois son site, gérée par une Fédération de cinq associations qui semble avoir pu revêtir deux formes : une association loi 1901 de surcroît décrétée d'utilité publique et une association cultuelle.

La première juridiction administrative n'a pas infirmé la décision du ministre de l'Intérieur. Le Conseil d'Etat aura à statuer. En régime laïque, c'est lui qui est incarne une manière d'éternité...

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