Le train est paré aujourd'hui de nombreuses vertus : transport abondant et écologique. En revanche, dans le palmarès des jeux qu'on offre aux enfants, le train-miniature a reculé.

Enfants regardant un train électrique en 1956
Enfants regardant un train électrique en 1956 © Getty / Steven Gottlieb

Le "petit train" ne disparaîtra cependant pas de sitôt, d'autant que sa fabrication, souvent délocalisée en Chine, a diminué son coût. Il restera un réseau d'amateurs éclairés et pointilleux, fédérés depuis plusieurs générations par des revues, des clubs et d'exigeantes sociétés sachantes. Une explication du déclin tient simplement à l'espace que nécessitent les trains miniatures qui tiennent évidemment davantage de place que les jeux vidéos. 

Sous le second Empire, Napoléon III fit construire un train miniature, avec du matériel en tôle, pour le Prince impérial : il disposait du parc de Saint-Cloud ! Le train miniature, devenu électrique dès les années 1900, doté ensuite de ses rails, est fait pour les maisons de famille qui disposent d'un grenier. Ou au moins pour les pavillons de banlieue. Les appartements à 10.000 euros le mètre carré ne sont plus assez grands.  

Mais au déclin du train-miniature, on peut trouver des explications moins évidentes  Je pense à une amie qui se garde comme de la peste des armes en plastique qu'on persiste à offrir à son fils. Le train électrique, c'était un jeu de garçons. Garçons entre eux. Garçons avec le père qui venait fumer sa pipe au-dessus du réseau qu'ils faisaient fonctionner ensemble.  Vous aurez remarqué que la pipe, elle aussi, a disparu. Régis Debray a publié un article considérable sur ce dernier sujet mais ce n 'est pas exactement le nôtre aujourd'hui. Le train miniature, en tout cas, c'était l'affaire d'hommes qui savaient maîtriser la technique, construire des ponts et des viaducs. D'ailleurs les petits personnages qui le peuplaient comme les santons la crèche, c'étaient tous des hommes : chefs de gare, sous-chefs de gare, mécaniciens des locomotives, aiguilleurs… C'est aujourd'hui une faiblesse rédhibitoire pour un jeu.   

Le gigantisme industriel ordonné par les hommes s'en trouvait comme apprivoisé. Un bel article de Sylvain Venayre m'a fourni l'idée de cette chronique. Il a été publié dans un livre qu'il a co-dirigé, intitulé Le magasin du monde, chez Fayard. Venayre explique que le fonctionnement du train miniature cherche à évaluer et écarter constamment le risque. L'accident, c'est l'échec. On est dans le même univers que le royaume idéal de Babar, Célesteville, ou les livres de Jean Giraudoux où le contrôleur des poids et mesures, en uniforme sans tâche, assure la circulation tranquille des biens et des hommes. Dans le cadre couvert du petit monde familial, les petits trains circulaient en boucle sous les ye​ux de leurs constructeurs comme le sang dans le corps humain.  

Seulement, nous sommes maintenant dans une époque qui multiplie les thromboses.  Le paysage dans lequel circulaient les trains-miniature s'est transformé lui aussi  Les gares y sont toujours essentielles. Les gares des types les plus variés. Il est étonnant d'ailleurs de voir qu'en France, les gares ont été aussi diverses : bâtiments de brique et de pierre vanille et fraise en Normandie, chalets dans les Alpes. Le train-miniature continue de s'amuser de cette diversité. Mais c'est ce qui se tient de part et d'autre des rails qui a perdu de sa vraisemblance dans le train miniature. Comment, d'ailleurs, pourrait-il s'accommoder de la triste réalité que doit supporter notre pays: les surfaces agricoles bétonnées, les zones logistiques à perte de vue, les nœuds routiers. Voyez-vous des ronds-points dans les trains miniatures ? Le pays que ceux-ci représentent ne correspond plus à celui dans lequel les enfants sont appelés à grandir. Le train électrique est devenu une salle des Pas perdus, au sens littéral du mot. 

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