Les noms de communes changent beaucoup, pour ne pas dire qu'ils valsent. C'est la conséquence d'une part des regroupements de communes et d'autre part de la création de nombreuses intercommunalités. Il est vrai qu'on a connu un mouvement encore plus fort, mais plus éphémère, pendant la Révolution. Pour Angoulême aussi.

Panneau à l'entrée de la commune de Blancafort dans le Cher en 1998
Panneau à l'entrée de la commune de Blancafort dans le Cher en 1998 © AFP / Daniel Janin

-Journée BD sur France Inter. Le souvenir vous est revenu d'un personnage important de Spirou, le maire de Champignac-en-Cambrousse et vous vous êtes demandé comment il se comporterait dans notre époque où - nos auditeurs le savent d'expérience- les noms de communes changent beaucoup, pour ne pas dire qu'ils valsent.

C'est la conséquence d'une part des regroupements de communes et d'autre part de la création de nombreuses intercommunalités.

Il est vrai qu'on a connu un mouvement encore plus fort, mais plus éphémère, pendant la Révolution. Angoulême elle-même, patrie du festival de la BD, était devenue Montagne-Charente, au prétexte qu'elle dominait comme un balcon la Charente.

Si le nom d'Angoulême qui existait tranquillement depuis le IVème siècle au moins a dû changer, vous pensez bien que Champignac n'a sans doute pu survivre. La Convention voulait effacer toutes les évocations du roi, de l'Eglise et de la noblesse. Or Champignac, c'était le nom d'un comte, d'un ci-devant. Le maire, le citoyen Labarbe, a certainement tiré parti des consignes nouvelles pour évacuer ce souvenir qui puait l'aristocratie et exalter des vertus positives. Comme Saint-Pierre-des-Corps transformée en La Clarté républicaine, Château-Thierry en Egalité-sur-Marne ou, mieux encore, Saint-Sulpice-de-Favières en Favières défanatisé.

-Puisque vous êtes en train d'imaginer un nouvel album de Spirou, comment Champignac-en-Cambrousse a-t-il bien pu s'appeler ?

Vous connaissez les talents du maire de Champignac. Il est xyloglotte, capable de parler toutes les langues pour ne rien dire. Donc un jour, il a déclaré que, le champignacien lançait d'une main sûre un regard plein de confiance vers l'avenir, ce serait : Capavenir...

-Beau nom pour un centre commercial ou pour une fiction.

Détrompez-vous, ce nom a été utilisé tout récemment dans les Vosges. Suivez bien.

Premier épisode. 2005. Huit communes proches d'Epinal constituent une communauté de communes. Les élus choisissent de désigner l'ensemble... Capavenir.

Deuxième étape, 2013. Le gouvernement ayant décidé que les communautés de communes doivent atteindre une taille critique, Capavenir, trop petit, est rapproché de quatre autres intercommunalités pour se fondre dans la communauté d'agglomération d'Epinal.

Suivez toujours, nous parvenons à la troisième étape. Le gouvernement encourageant aussi le regroupement des petites communes en une seule, Thaon les Vosges, Girmont et Oncourt fusionnent et les élus ne trouvent rien de mieux à faire que de relever le nom de Capavenir. "C'est la goutte d'eau qui met le feu aux poudres", dirait le citoyen Labarbe. Les habitants furieux renvoient le maire de Thaon-les-Vosges aux dernières municipales et obtiennent par référendum, en novembre 2020, le retour à l'ancienne dénomination.

Désormais dans les avis de décès de Vosges Matin, on ne lira plus : inhumé... à Capavenir.

-Une dénomination qui permette une localisation sur la carte c'est plus sûr. Champignac-en -Cambrousse, c'est clair.

Vous trouvez ? Cambrousse ? Mais n'y pensez plus.

Dès lors qu'un endroit est désigné froid, bas, petit, pauvre, il est condamné. La toponymie relève maintenant de la politique d'attractivité des territoires. Val, Mont, Haut, en revanche, sont plébiscités. C'est ainsi que le Nord-Pas-de-Calais-Picardie est devenu Hauts de France alors que les instituteurs s'escriment depuis des générations à dire que, sur une carte de géographie, il n'y a pas de haut mais un Nord.

Bref, on peut prendre un peu de liberté avec la géographie. Le citoyen Labarbe ne déclarait-il pas que les champignaciens « ne se perdent pas dans les méandres et, se serrant les coudes, gardent les pieds sur terre ». Puisqu'on parle de cours d'eau... dans l'Orne, Condé sur Huisne, Condeau et Coulanges-les-Sablons ont fusionné. Et cela a donné Sablons-sur-Huisne. C'est joli, non ? Même s'il n'est pas avéré que l'Huisne coule vraiment à Sablons...

-Oui mais les habitants suivent-ils toujours le fil de l'eau ?

Bon, ils tiennent toujours à leur église particulière, à leur monument aux morts à eux. J'étais à Condé-sur-Huisne le premier dimanche où se sont mobilisés les gilets jaunes. Ils s'étalent mêlés à la fanfare qui jouait sur la place pour le téléthon. J'ai eu le malheur de demander au chef si la fanfare allait prendre le nouveau nom de la commune. Il m'a foudroyé du regard. Condé-sur-Huisne resterait Condé-sur-Huisne ! Les gens qui sont de quelque part sont encore innombrables.

Le maire de Champignac vient d'ailleurs de prendre un arrêté qui interdit les rassemblements de plus d'une personne - et inclusivement- jusqu'à nouvel ordre.

-Un livre important et qui n'est pas un album sur la toponymie du grand géographe Roger Brunet, Les noms de lieux de la France, aux éditions du CNRS.

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