A 24 ans Clemenceau décroche la correspondance outre-Atlantique du journal Le Temps qui milite comme lui pour la transformation du Second Empire. Lorsque commence la campagne pour l'élection du 18ème président des Etats-Unis, il suit les conventions des partis et les réunions publiques.

Georges Clemenceau et Jean-Jules Jusserand au Lincoln Memorial de Washington en 1922
Georges Clemenceau et Jean-Jules Jusserand au Lincoln Memorial de Washington en 1922 © Getty / Universal History Archive

-Pendant l'élection présidentielle américaine de 1868, pas encore de face à face entre les deux candidats mais de multiples débats que le jeune Clemenceau a observés avec passion.

A peine docteur en médecine de la faculté de Paris, Clemenceau, 24 ans, est parti aux Etats-Unis un peu à l’aventure. Mais très vite, il y décroche la correspondance outre-Atlantique du journal Le Temps qui milite comme lui pour la transformation du Second Empire.

Lorsque commence la campagne pour l'élection du 18ème président, il suit les conventions des partis et les réunions publiques. "On dresse des tréteaux dans la rue et, quand ils plient sous le poids des orateurs, on monte sur une voiture, une borne ou une chaise et l'on s'offre un succès de tribune en se donnant le plaisir de parler à des gens qui sont de votre avis et qui, pourvu que vous les en priiez, finissent par vous porter en triomphe". Observation de ce qu'il nomme un débordement carnavalesque Clemenceau note certes que quelques électeurs s'en tiennent déjà à l'écart mais il se rassure aussitôt : c'est davantage par sentiment de leur impuissance que par désintérêt pour la politique... Puisse cette observation être encore valable aujourd'hui, ici comme outre-Atlantique.

-Les quelque cent correspondances de Clemenceau entre 1865 et 1869 connaissent une nouvelle édition chez Passés/ composés. Il nous y est dit qu'elles soutiennent la comparaison avec "La démocratie en Amérique", le livre fondateur de Tocqueville, une génération plus tôt.

Que le nom de Tocqueville puisse être utilisé comme un argument commercial, c'est une bonne nouvelle mais le rapprochement est évidemment exagéré. Les articles de Clemenceau sont de simples dépêches télégraphiques et n'ont pas de caractère théorique.

Néanmoins, le rapprochement vaut par l'effet de contraste qu'il provoque. Les jeunes états fédérés décrits par « La démocratie en Amérique » vivaient dans la paix et semblaient évoluer vers une démocratie tranquille. Les Etats-Unis de Clemenceau sortent de la terrible guerre de Sécession, le président Lincoln a été assassiné en 1865, et remplacé par son vice-président Andrew Johnson, à la légitimité moindre et au sens politique plus limité.

-D'où l'intérêt des articles de Clemenceau. Ils décrivent une situation chahutée qui nous est redevenue familière.

Les Etats du Sud doivent obtenir leur réintégration par le fédéral. Ils ne peuvent y parvenir que s'ils acceptent l'intégration des noirs dans le corps des citoyens Ce qu'ils ne souhaitent évidemment pas. Johnson, néanmoins croit bon de s'afficher accommodant dans la période qui suit. Il parle de réparation, de réconciliation, d'amnistie. Clemenceau constate comment ce vocabulaire se traduit dans les villes sudistes. Des cortèges pacifiques de noirs s'y forment pacifiquement, les blancs les attaquent, on dit que les noirs sont les assaillants mais au bout du compte, les morts qu'on ramasse sont curieusement tous issus de leurs rangs.

Aux Etats-Unis, Clemenceau devient radical de la tête aux pieds, s'il ne l'était déjà : la question de l'esclavage est pour lui déterminante, on tranche dans le vif, on ne transige pas sinon on verra les vaincus du Sud revenir en force.

-C'est d'ailleurs ce qui se passera une génération plus tard, à partir de la fin des années 1870. Mais en 1868, Clemenceau espère encore.

Le président Johnson est mis en accusation par un impeachment. Clemenceau suit les débats avec passion. Il voit le chef des radicaux le vieux le représentant Thaddeus Stephens, qui est déjà presque mort, rejoindre son siège : il ne lui reste plus que la puissance de feu de deux prunelles perçantes. Clemenceau s’identifie toujours à lui.

L'impeachment n'est manqué que d'une voix mais c'est un général nordiste déterminé à installer l'égalité, Ulysses Grant qui devient le 18ème président. Sous son double mandat, on pourra croire à une reconstruction égalitaire. L’élection va être chaude.

-Johnson a cependant proposé avant de partir quelques amendements à la Constitution auxquels Clemenceau aurait pu accorder attention.

Il a notamment suggéré l’élection au suffrage direct des présidents et la nomination des membres de la Cour Suprême pour 12 ans seulement et non à vie. Il avait été proposé à la juge Ruth Bader Ginsburg qui vient de disparaitre au pire moment, de partir à temps, sous Obama. Elle avait répondu qu'elle attendait sans crainte le président d'après. Il ne faut jamais attendre sans crainte le scrutin d’après.

Ouvrage : Patrick Weil & Thomas Macé Georges Clemenceau. Lettres d'Amérique Passés / Composés                                                                                

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