Emmanuel Macron a choisi d'inscrire sa visite d'urgence dans le cadre de l'anniversaire de la création, sous l'égide de la France, du Grand Liban, en 1920. L'effondrement de l'empire ottoman avait alors laissé le champ possible à plusieurs solutions. Les Britanniques auraient voulu une Grande Syrie incluant le Liban.

Couverture du Petit Journal après la nomination en 1920 du général Gouraud comme haut-commissaire de la France en Syrie
Couverture du Petit Journal après la nomination en 1920 du général Gouraud comme haut-commissaire de la France en Syrie © Getty / Leemage

Emmanuel Macron va s'adresser aux Libanais comme à des frères. Et, comme avec des frères, il parlera un langage généreux et sans équivoque ! 

En  juillet 1941, s'envolant vers Beyrouth, le général de Gaulle avait déjà  préconisé dans une formule fameuse de partir vers l'Orient compliqué  avec des idées simples. 

Tout de même, il ne faudrait pas verser dans la naïveté. 

Emmanuel  Macron a choisi d'inscrire sa visite d'urgence de demain dans le cadre  de l'anniversaire de la création, sous l'égide de la France, du Grand  Liban, en 1920. L'effondrement de l'empire ottoman avait alors laissé le  champ possible à plusieurs solutions. Les Britanniques - Lawrence  d'Arabie en particulier - auraient voulu une Grande Syrie incluant le  Liban dirigée par l'émir Fayçal  - Alec Guinness dans le film de David Lean. Fayçal incarnait  l'émergence du nationalisme arabe. Au final, la Société des Nations  accorda au Royaume-Uni  un mandat sur la Palestine, le mandat sur Damas et Beyrouth échut  finalement à la France qui choisit de distinguer d'un côté la Syrie  qu'elle fédéra tardivement et de l'autre, le Liban qu'elle unifia  rapidement. Le 1er septembre 1920, notre représentant, le général  Gouraud proclama donc le Grand Liban. Il célébra les trirèmes des  Phéniciens, des Grecs et des Romains alors que les musulmans auraient  préféré l'entendre évoquer aux origines  du nouveau pays les arabes venus du désert. La silhouette blanche en  uniforme blanc de Gouraud était sculptée par la guerre, il lui manquait  dans son uniforme blanc le bras droit, c'est de ce côté qu'il choisit  pourtant de placer le patriarche chrétien maronite. Le mandat allait  s'appuyer clairement sur les chrétiens, il est vrai majoritaires à l'époque. La Constitution promulguée en 1926 recommandait cependant une représentation équitable pour les différentes communautés.  

-En  1936, la France promettait une indépendance proche par un traité.  Jamais ratifié et rendu caduc par la guerre Deuxième Guerre mondiale.
 

Les militaires et les fonctionnaires français présents en Syrie-Liban préfèrent Pétain mais, l'été  1941, la France libre, avec le concours décisif du Royaume-Uni et au  prix d'une longue lutte fratricide, prend l'avantage. De Gaulle séjourne  longuement à Beyrouth, utilisant le langage qui prévaut toujours  aujourd'hui : les cœurs  de nos deux peuples battent à l'unisson. Mais le général ne veut pas  donner l'indépendance au Liban. Il faut l'insistance des Britanniques  pour qu'il accepte d'organiser des élections que les nationalistes  libanais gagnent. La France libre se retrouve avec, face à elle, un  président maronite certes mais qui préfère l'alliance avec les  communautés musulmanes et se tourne vers l'Orient plus que vers  l'Occident. Ni une ni deux, le 11 novembre 1943, le délégué de la France  libre fait arrêter par ses fusiliers marins et ses tirailleurs  sénégalais le président élu ainsi que son Premier ministre. Les rares  députés qui ont pu pénétrer dans la Chambre y dessinent le nouveau  drapeau où le cèdre au centre caresse toujours l'éternité mais ou  disparait le bleu-blanc-rouge. Là encore il faut la pression des  Britanniques pour que de Gaulle se résolve à lâcher la bride. 

-Comme quoi il ne faut pas avoir dans l'Orient compliqué des idées trop simples. 

Emmanuel Macron aurait intérêt à se souvenir de Jacques Chirac plutôt que de De  Gaulle. Chirac a respecté le confessionnalisme comme toujours la  France.  Mais il a réinventé son usage. Il a noué une relation  particulière avec Hariri, déplaçant l'axe de la politique française vers les sunnites. Or il se trouve que ceux-ci insistent aujourd'hui bien plus sur leur appartenance libanaise  que sur leur appartenance arabe, à l'inverse de la situation d'il y a  cent ans. Restent les chiites, peut-être plus nombreux maintenant -  imaginez qu'il n'y a plus eu de recensement depuis 1932. La France doit  trouver les moyens de mieux parler avec eux pour garder son rôle  d'interlocutrice de tous.  

La fraternité entre nos deux peuples passe davantage par-là que par le rappel des postures de 1920. 

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