Il y a cent-cinquante ans, à l'aube de 1871, Paris est assiégée, gelée et affamée… Des circonstances terribles qui viennent s'ajouter à l'incertitude de voir une république démocratique et sociale se mettre en place face aux conservateurs et la gestion du siège de Paris face aux Prusses.

Comment a-t-on passé les fêtes de fin d'année en 1870 ?
Comment a-t-on passé les fêtes de fin d'année en 1870 ? © Getty / DEA / ICAS94

Time Magazine a titré en ces derniers jours de décembre : "2020, la pire année de l'histoire". Le temps aurait-il fait oublier la guerre de Sécession aux Américains ? Les Européens, eux, ne manquent pas de se souvenir des réveillons gris de 40/44 ou de 14/18. Moins peut-être du 1er janvier 1871 à Paris, dont c'est le cent-cinquantième anniversaire. 

La capitale est assiégée depuis trois mois. Les nouvelles ne parviennent plus. Victor Hugo attend longtemps la confirmation de la nouvelle de la mort d'Alexandre Dumas, le 5 novembre, qui lui a été annoncée depuis Dieppe. Hélas, c'est vrai. Il fait de plus en plus froid, la Seine charrie des glaces. Le climat n'est pas à la fête. Victor Hugo écrit :  

"Sur notre table sans nappe où la faim nous attend   Une pomme de terre arrachée à sa crypte   Est reine et les oignons sont dieux comme en Egypte     Nous manquons de charbon mais notre pain est noir.   Plus de gaz, Paris dort sous un large éteignoir."

Les soldats de ligne, les mobiles, les gardes nationaux désespèrent de réussir une sortie : la dernière en date, au Bourget, a échoué. Et, comble de malheur, des obus commencent à tomber sur la ville. Dans un premier temps, les habitants ont voulu croire à des erreurs de tir de nos troupes, mais non, il s'agit bien de bombardements de l'ennemi. Le 31 décembre 1870, la canonnade ne cessera pas.  

Comment le ravitaillement s'opère-t-il ? 

La population est plus importante qu'avant la guerre, du fait de l'afflux des hommes en uniforme et du reflux des banlieusards à la recherche d'une protection : 2,2 millions de personnes au lieu d'1,9 habituellement. Les maraîchers qui récoltent encore dans le no man's land entre les deux lignes de fortifications apportaient encore il y a peu sept à huit cents charrettes de légumes qu'aux portes se disputaient les citadins. 

L'hiver est là et il faut compter sur les ressources propres de la ville

En clair, sur les animaux intramuros. Les éléphants du Jardin des Plantes, Castor et Pollux, sont abattus pour le réveillon du restaurant Voisin rue Saint-Honoré, dont les serveurs en smokings peuvent aussi bien servir sans sourciller une terrine d'antilope aux truffes, parée de ses cornes, ou un civet de chat entouré d'une garniture de rats. Victor Hugo encore : "Nous mangeons de l'inconnu". Une histoire est restée : Monsieur et Madame se sont résolus à sacrifier Médor. Ils le servent. C'est succulent et Madame ne peut d'empêcher de dire à Monsieur : "Comme il serait régalé".  

Il faut assurer aussi un minimum de chauffage. On ne fait évidemment du feu que dans une seule pièce mais avec quoi ? Les arbres des bois qui environnent Paris ou ceux des promenades publiques, en brûlant, fument plus qu'ils ne chauffent. Le mobilier non indispensable est alors sacrifié. Et évidemment, y passent aussi toutes les palissades et clôtures qui pouvaient protéger, par exemple, des potagers très attirants. Avant même la Commune, le droit de propriété devient élastique.  

La Commune approche

Les hommes politiques se veulent rassurants, tisonnant l'espérance de victoire des troupes que la République a créées un peu partout sur le territoire dans les interstices de l'occupation allemande. Dans les tout premiers jours de janvier, Pelletan, par exemple, annonce : Rouen et Dijon sont repris, Garibaldi est vainqueur à Nuits Saint- Georges, Faidherbe à Bapaume. Clemenceau, le jeune maire de Montmartre, écrit le 20 décembre à sa femme restée en Vendée : "Chère Mary, ma petite épouse chérie, le moral des gens n'a jamais été aussi bon. Le gouvernement se battra jusqu'au bout et ne négociera pas avec l'ennemi, il n'y a pas le moindre problème en ville et il n'y en aura pas.

En fait, il se dit de plus en plus que le nom du chef militaire du gouvernement, le général Trochu, vient du verbe "trop choir"…  Le général vient d'ailleurs d'offrir sa démission, que ses collègues ont refusée tout en le mettant sous contrôle. Encore une semaine et le 7, Edouard Vaillant et Jules Vallès feront placarder une affiche rouge : "Ce gouvernement a-t-il rempli sa mission ? Non. Place au peuple, place à la Commune." Santé et rendez-vous le 28 janvier, date du cessez-le-feu. La Commune de Paris quant à elle sera constituée le 18 mars 1871.

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