Agronome de formation, Eric Birlouez est un sociologue spécialisé sur l’étude de nos comportements alimentaires. Il pointe du doigt des changements dans les pratiques alimentaires mais aussi dans les représentations, et nous invite à profiter de cette période pour réfléchir collectivement à notre système alimentaire.

Comment l'épidémie modifie-t-elle notre rapport à l'alimentation ?
Comment l'épidémie modifie-t-elle notre rapport à l'alimentation ? © Getty / Andrew Merry

Nous en parlons avec Eric Birlouez, ingénieur agronome (AgroParisTech), sociologue de l'agriculture et de l'alimentation.

Quel est l’impact du Covid-19 sur notre rapport à la nourriture et nos pratiques alimentaires ?

Un des premiers phénomènes à été la ruée vers les produits alimentaires, surtout ceux à longue conservation (pâtes, riz, conserves, surgelés). 

La peur de la pénurie a certes contribué à vider certains rayons, en réalisant ces courses de précautions, mais les caddies se sont aussi davantage remplis parce qu’il faut nourrir à la maison plus de personnes, et cela du matin au soir. Le fait de ne plus manger à la cantine ou au restaurant explique en partie le fait que les rayons des magasins se soient vidés plus vite que d’habitude. 

L’ennui comme l’anxiété favorisent aussi la surconsommation alimentaire, notamment celle d’aliments « réconfort ».

Par ailleurs, une certaine inquiétude autour de l'autonomie et de la sécurité alimentaire a  aussi émergé, en France, 60 % des fruits et légumes sont importés. Cette crise vient souligner la fragilité de nos systèmes alimentaires mondialisés et fonctionnant à flux tendus précise le sociologue.

Le risque d'insécurité alimentaire ne fera que renforcer, chez les consomm’acteurs, la volonté de « reprendre le contrôle » sur leur alimentation. Par exemple, en privilégiant les produits locaux, régionaux.

Selon les situations, manger en famille peut être une joie ou… une épreuve affirme Eric Birlouez.

Néanmoins, dans certain cas, la cuisine, comme pratique et aussi comme pièce de la maison, voit se renforcer son statut de valeur refuge, c’est souvent dans la cuisine, à la faveur de la proximité physique et affective qu’elle crée, que l’on exprime ses angoisses, que l’on cherche du réconfort. 

On assiste aussi, chez certains, à une (re)découverte, du plaisir de cuisiner (souvent pratiqué en famille). On a noté une explosion, sur les sites, blogs et réseaux sociaux, d’idées de recettes (émanant de particuliers comme de chefs).

Ainsi, Eric Birlouez voit dans cette préiode de confinement l'occasion de réfléchir sur le bien manger, et au delà sur nos modes de vie et de consommation. 

Il peut s’agir d’une réflexion sur le bien manger, renforcement de la tendance émergente du « manger moins mais mieux », et à un niveau plus collectif il s’agit réfléchir ensemble à l’organisation globale de notre système alimentaire.

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