Mesure de santé publique nécessaire pour contenir l’épidémie, le confinement peut avoir un impact psychologique sur une grande partie de la population. Anxiété, troubles du sommeil, symptômes de stress-post-traumatique… Comment évaluer les risques sur la santé mentale ?

Comprendre les impacts du confinement et de la crise sanitaire sur la santé mentale
Comprendre les impacts du confinement et de la crise sanitaire sur la santé mentale © Getty / Stephen Lux

Sujet important, car l'enfermement prolongé en ce moment de quatre milliards de personnes peut avoir de nombreux impacts psychologiques. Différentes populations, comme les personnes en confinement, mais également les malades isolés, les familles en deuil ou les personnels soignants épuisés, sont directement concernées par cette situation totalement inédite. D'où l'importance de pouvoir identifier dès maintenant les facteurs de stress afin d'anticiper leurs effets le plus rapidement possible. 

Et tout le monde n'est pas égal face à ces perturbations. Certaines populations sont plus vulnérables que d'autres que d'autres en raison de leurs antécédents ou de leur niveau de ressources économiques, mais aussi cognitives. Se retrouver confiné en famille dans un logement exigu représente par exemple un facteur aggravant.  

Est-ce qu'on peut déjà évaluer le retentissement psychologique d'un tel événement sur les personnes confinées ?

Il faut rester prudent car le confinement est récent. Il faudra des études scientifiques longues pour avoir une idée réelle de ce qui s'est passé sur le plan psychique. Néanmoins, des travaux tirés de précédentes épidémies ainsi que les premiers retours d'enquêtes menées en Chine peuvent nous aider quand même à avoir quelques éléments. 

Il y a d'abord cette publication sortie dans The Lancet le 26 février, qui a permis d'analyser 24 études dans la littérature scientifique concernant dix pays lors de précédentes épidémies. Elle montre que la durée du confinement elle-même est un facteur de stress et qu'une durée supérieure à dix jours était prédictif de symptômes post-traumatiques, de comportements d'évitement et de colère. 

Parmi les facteurs de stress, on trouve : 

  • la peur d'être infecté ou de transmettre le virus. 
  • L'ennui, bien sûr, 
  • la frustration 
  • le sentiment d'isolement, 

mais aussi :

  • l'absence de clarté sur les niveaux de risque 
  • l'absence de transparence sur la sévérité de la pandémie. 

Du côté de la Chine, une enquête a porté sur le degré de détresse psychologique de la population. Elle a permis de collecter 52 000 réponses dans ce pays. Elle révèle que 35% des personnes avaient un stress psychologique modéré et que ce sont les personnes âgées ou isolées, les femmes et les adolescents qui sont les populations les plus fragiles. 

Dans le même temps, cette enquête indique l'émergence de symptômes psychiatriques nécessitant une prise en charge chez 5% de la population au bout de trois semaines de quarantaine.

Quelles sont les autres populations qui peuvent être particulièrement affectées ? 

On pense bien sûr aux patients souffrant de troubles psychiques qui sont plus vulnérables, mais aussi au personnel soignant, qui représentent une autre population à risque qui n'a pas l'habitude d'être prise en charge pour son propre accompagnement psychologique. 

Vous l'avez compris, dans un contexte si particulier, tout le monde est concerné, les personnes à risque comme la population générale. Car traverser une épidémie et un confinement est un événement qui peut marquer durablement. 

(Ci-dessous, des extraits de l'entretien avec Astrid Chevance, psychiatre et doctorante en épidémiologie clinique à l’université Paris Inserm)

Quand on souffre de maladie chronique psychique quel est l'effet du confinement ? 

Astrid Chevance : "Quand on a une maladie chronique, que ce soit psychique ou autre, le confinement est plus difficile parce que souvent, pour sortir des maladies, on essaye de recréer des routines de soin et de vie quotidienne que le confinement vient entraver." 

Que faire en cas de stress ?

Astrid Chevance : "En cas de déstabilisation émotionnelle, ne pas hésiter à appeler son médecin référent. Et faire un petit tour pour faire redescendre la pression, c'est mieux que de se remettre à boire, à trop fumer, trop manger ou être agressif avec son entourage. Et il est important de conserver un suivi même par téléphone, ou en visioconférence."

La Croix Rouge a mis un numéro de téléphone à disposition : 0800 858 858. Il ne faut pas hésiter à appeler ces personnes qui sont formées.

Comment se préparer à ces longues journées à venir, pendant une longue période ? 

Astrid Chevance : "Contrairement à l'étude du Lancet, on s'engage sur un confinement plus long et plus massif. Là, on est plus dans un marathon que dans un sprint, il faut donc avoir de l'endurance. Or, nous n'avons pas tous le même niveau de ressources : sociales, économiques, cognitives, ni le même état de santé global. Si on part avec une vulnérabilité au stress, ce sera plus difficile : il va falloir demander de l'aide plus tôt. 

Demander de l'aide à des professionnels de santé mentale, cela peut être vécu comme stigmatisant dans notre société, mais il ne faut pas en avoir peur.

Comment gérer l'afflux de mauvaises nouvelles ? 

Astrid Chevance : "S'exposer de façon prolongée à de mauvaises nouvelles fait monter son niveau de stress.

L'OMS recommande de ne pas s'exposer à des flux d'informations continues, mais de se réserver deux moments maximum dans la journée, pendant lesquels on va chercher une information précise. 

On choisit son média (presse, radio, etc...), et on cherche des informations pour ne pas se laisser happer par la masse d'informations. Ensuite, le mieux est de pouvoir en discuter." 

ALLER PLUS LOIN 

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