Les virus ne sont pas vraiment vivants, ils s'épanouissent en trouvant un hôte.Tuer un virus, c’est le rendre incapable d’infecter des cellules.

Comment pourrait mourir le coronavirus ?
Comment pourrait mourir le coronavirus ? © Getty / Radoslav Zilinsky

Nous en parlons avec le Pr Anne Goffard, médecin, virologue au CHU de Lille et enseignante à la faculté de Pharmacie de Lille.

Comment meurent les virus ?

Les virus ne sont pas vraiment vivants donc ils ne meurent pas non plus, même si de nombreux mécanismes peuvent les dégrader et les empêcher d’être infectieux. Pour persister, les virus ont besoin d’infecter des cellules et les reprogrammer pour qu’elles produisent des copies. Tuer un virus, c’est le rendre incapable d’infecter des cellules, par exemple en utilisant un produit désinfectant.

A quoi les virus sont-ils sensibles ?

Le Sars-CoV-2 est entouré d’une enveloppe de lipides, des molécules de graisse. Quand cette enveloppe est détruite, le virus ne peut plus pénétrer dans les cellules. Elle est sensible aux changements de température, d’humidité et aussi d’acidité. En laboratoire, on peut montrer qu’il perd tout pouvoir infectieux à partir de 60°C, ou si on augmente ou abaisse son pH.

C’est à cause de cette enveloppe de lipides qui est relativement fragile que les détergents et le savon sont très efficaces avec le Sars-CoV-2. Ce n’est pas le cas pour tous les virus: par exemple, celui de la gastro-entérite n’a pas d’enveloppe lipidique et il peut persister beaucoup plus longtemps dans l’environnement ; il faut de l’eau de javel pour le désactiver. Mais pour le Sars-CoV-2, nul besoin d’utiliser de la javel, un détergent suffit.

Le virus du Covid-19 est-il sensible au rayonnement ultra-violet ?

Oui, et en particulier, nous avons montré au laboratoire qu’ils sont détruits par les UV-C en deux minutes, mais à proximité d’une source intense. Mais il y a une grande différence entre une enceinte de laboratoire et la vie à l’extérieur!

En Chine, des sociétés ont conçu des cabines à UV pour désinfecter les bus…

C’est sûrement une approche plus efficace que d’asperger de l’eau de javel partout, et notamment dans les rues ! Nous sommes en train de regarder si on ne pourrait pas utiliser des rayonnements ultraviolets pour désinfecter les blouses à l’hôpital. Ces rayonnements font partie des outils que de nombreuses personnes utilisent pour désinfecter leur matériel, comme les coiffeurs, les tatoueurs etc.

Une étude allemande a montré la présence de matériel génétique du virus à un niveau relativement élevé dans l’organisme de patients autopsiés. Le virus survit-il après la mort d’un patient ?

Le virus utilise la machinerie cellulaire pour se répliquer. Quand un patient décède, cette machinerie s’arrête, et le virus ne peut plus se dupliquer. Il est logique de trouver du matériel génétique du virus dans des organes d’un patient décédé, mais les chercheurs n’ont pas cherché à établir s’il se trouvait encore dans un état infectieux. Je serais surprise que cela soit possible après autant de temps, puisque ces autopsies ont été réalisées cinq jours après le décès. Un virus est quelque chose de fragile !

L’arrivée de l’été va-t-elle stopper l’épidémie de covid-19 ?

Probablement pas, même si elle pourrait être freinée. 

Avec la belle saison, nous sommes moins enfermés, confinés, et plus souvent dehors. On sort plus, on vit plus facilement les fenêtres ouvertes et on aère plus. Cela peut donc freiner la propagation du virus. Mais dans le cas du Sars-CoV-2, la majeure partie de la population est «naïve » vis à vis du virus. Une étude récente dans Science a montré que moins de 5% de la population française a probablement été exposée au virus. Sa circulation a été fortement ralentie par le confinement, puisqu’au 11 mai, un patient n’infectait plus, en moyenne que 0,6 ou 0,7 personnes. Mais il n’y a pas d’immunité collective.

En Afrique, on craignait une véritable catastrophe sanitaire, et on a l’impression que l’épidémie ne progresse pas aussi vite qu’on le craignait. Est-ce à cause du climat ?

On ne sait pas. Il y a probablement un facteur démographique, puisque la population du continent africain est plus jeune qu’en Europe ou en Amérique du Nord. Or, il semble que les enfants soient moins contaminants car ils sont moins symptomatiques. 

Mais il peut aussi y avoir un biais, car on ne sait pas dans quelle mesure ils testent ou pas la population. Nous n’avons pas été capables, en Europe, de le faire correctement, alors on imagine mal que cela soit possible dans des pays où les infrastructures de santé sont moins développées comme dans les pays africains ou certains pays d’Asie, par exemple le Bangladesh. Le nombre de cas réels est probablement sous-estimé dans ces pays, mais comme il existe aussi de nombreuses co-morbidités dans la population, il faudra suivre l’évolution des formes graves. Car on peut craindre qu’avec la prévalence de pathologies tropicales comme le paludisme, les maladies diarrhéiques, l’impact du Covid-19 ne soit amplifié. 

On a peu étudié la circulation des coronavirus comme celui baptisé OC43 (générateur de rhumes) en Afrique. Mais il y a des résultats depuis quelques années au Kenya qui montrent que ces coronavirus circulent d’une manière similaire à chez nous. Il faudra que les pays les mieux dotés et l’OMS aident les pays moins favorisés à développer leur capacité de dépistage, notamment en mettant au point des tests plus rapides et qui n’ont pas besoin de maintenir une chaîne du froid.

Donc des conditions climatiques chaudes et/ou humides ne sont pas forcément critiques pour la circulation du virus, puisqu’il se propage aussi bien dans des pays tropicaux ou équatoriaux que dans des régions tempérées ?

Il est très difficile de faire la part des choses entre les caractéristiques du virus et celles de la population hôte. Comme je le disais précédemment, nous sommes très naïfs vis-à-vis de ce virus, et très loin d’avoir atteint une immunité collective. On le sait pour certaines maladies virales, il faut parfois un taux d’immunité de 80% voire 90%, qu’on peut atteindre avec la vaccination quand elle existe, pour empêcher un virus de circuler. 

Cette nouveauté du virus, cette naïveté de la population vis-à-vis de lui semble être un facteur plus important que le virus lui-même. Elle permet que celui-ci circule, même si les conditions climatiques sont moins favorable à sa propagation.

Il ne faut donc pas compter sur l’été pour qu’il disparaisse en Europe ?

Sa circulation va probablement baisser mais le plus important sera le maintien des gestes barrière. Je me prépare à un été masqué.

Doit-on s’attendre à une résurgence en automne ?

On ne connait pas bien ce virus, mais la totalité des virus respiratoires connus réapparaissent en septembre ou en octobre. 

D’ailleurs, ces virus habituels, ceux qui donnent des rhumes par exemple, vont s’ajouter au Sars-CoV-2. Ils ne sont pas dangereux, mais la co-existence avec le Covid-19 va compliquer la détection de cette maladie, puisque certains symptômes sont similaires.

Observe-t-on des co-infections au Sars-CoV-2 et à d’autres virus ?

Cela a été très peu documenté. En février, quand l’épidémie a commencé en Europe, la grippe était encore en circulation et pourtant on a décrit peu de co-infections. Celle-ci ne rend pas les patients plus contaminants. Par contre, elle peut conduire à des formes plus sévères de maladie, notamment sur les personnes âgées et les personnes immunodéprimées. Il faudra suivre cela de près, car même un rhinovirus peut conduire des formes graves qui nécessitent une hospitalisation. Si le Covid-19 recircule plus largement, la conjonction des différents virus pourrait remettre sous tension le système de santé.

Propos recueillis par Denis Delbecq, le 18 mai 2020.

Pour en savoir plus

Une étude dans Science, le 18 mai 2020, conclut que la chaleur et l’humidité de l’été ne seront pas en mesure de limiter de manière substantielle la propagation de la pandémie. (en anglais, accès libre)

Un article de Sciences & Avenir sur ce sujet (19 mai 2020)

• Des travaux dans Annals of Internal Medicine du 6 mai 2020 évoquent la persistance de matériel génétique du virus dans le corps des personnes décédées, sans avoir démontré son état infectieux (en anglais, accès libre)

Un article de Sciences & Avenir sur ces travaux (17 mai 2020)

•  Pourquoi les virus ont-ils des cycles saisonniers? Science Magazine (13 mars 2020, en anglais)

Le virus et la météorologie estivale, Washington Post (16 mai 2020, en anglais)

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Les invités
  • Anne GoffardVirologue au CHRU de Lille et à l'Institut Pasteur de Lille
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