Coup de projecteur sur le revenu de base expérimenté en Finlande.

La Finlande a expérimenté durant deux ans, ce revenu de base qui pourrait servir de modèle à Emmanuel Macron
La Finlande a expérimenté durant deux ans, ce revenu de base qui pourrait servir de modèle à Emmanuel Macron © Dag Sundberg / AGF / Photononstop

L’Europe du Nord sert régulièrement de boite à idée en France lorsqu'on prépare une réforme. La réforme des minimas sociaux, les aides versées aux plus pauvres, est sur la table. Le projet est de mettre en place le revenu universel d'activité (RUA), fusion de plusieurs aides. Faut-il carrément passer au revenu de base ? L'expérience est menée en Finlande en 2016 et 2017 au niveau national.  

Réduire le chômage et la bureaucratie

Fin 2016, 2 000 chômeurs en fins de droit ont été tirés au sort. Ils ont reçu à la place de l'allocation chômage, une aide de base de l'Etat de 560 euros par mois sans conditions, elle n'était pas liée à la recherche d'un travail. Tuomas Muraja, est l'un de ces cobayes, ce journaliste free-lance se souvient du jour où il a appris la nouvelle par une lettre de la sécurité sociale finlandaise : "C'était comme gagner à la loterie : deux mille personnes sélectionnées, dans un pays de six millions d'habitants. J'étais libre de toute bureaucratie (les formulaires compliqués, les stages obligatoires, les responsabilités inutiles). A l'époque je pouvais me concentrer, travailler écrire. Quand on se sent libre, on se sent moins stressé. Pourquoi les chômeurs n'ont-ils pas le droit de se sentir mieux ? C'est la question que je me pose". 

Ce sentiment de bien-être a aussi des répercussions sur la santé, car les "cobayes" ont moins posé d'arrêt maladie, lorsqu'ils ont été en mesure d'en retrouver un que le groupe témoin avec lequel ils ont été comparés.  

Bénéfices psychologiques positifs, mais neutre sur le taux de chômage

Alors que financièrement, les bénéficiaires n’ont pas gagné en pouvoir d'achat, ils n'en ont pas perdu non plus. En effet, le revenu de base pouvait se cumuler avec des allocations logement, familiales, et même un salaire. Un bilan de la première année vient d'être tiré par l'organisme de sécurité sociale finlandais. Résultat : l'effet est neutre sur le taux d'activité des chômeurs. 

Alain Lefebvre, consultant RH basé en Scandinavie, est l'auteur d'un ouvrage intitulé Le Revenu de base, l'expérience finlandaise : "D'une part les gens n'ont pas moins envie de travailler quand on leur verse cet argent. Ils ne trouvent pas nécessairement plus de travail, car ils ne sont pas plus qualifiés, moins malades, ou autres. En revanche, ils sont plus optimistes quant à leur avenir. L'avantage du revenu de base ou de la fusion des allocations c'est qu'il y a moins de bureaucratie. La Finlande va sans doute transformer (comme le prévoit comme le gouvernement français) toutes les allocations multiples et variés en une seule allocation. Le revenu universel versé sans conditions à tout le monde, y compris à Mr Bolloré, ce n'est pas le genre de choses qu'on imagine en Finlande. Il va y avoir un revenu de base, mais à quel niveau sera-t-il-fixé ? Les partis ne sont pas d'accord sur le sujet."

La nouvelle coalition au pouvoir en Finlande mentionne le sujet dans son programme de gouvernement, mais il ne l'acte pas. Il faudra sans doute attendre les résultats définitifs de cette expérimentation en 2020 avant de décider si l'expérience est élargie et poursuivie. Emmanuel Macron a découvert cette initiative lors de sa dernière visite à Helsinki. Nul doute, selon l'auteur de Macron le Suédois (PUF, 2018), qu'elle l'aura inspiré pour la concertation sur le Revenu universel d'activité qui vient de débuter en France.

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