Quel fardeau la France supporte-t-elle en terme de défense ?

Les soldats d'un détachement de l'Eurocorps brandissent le drapeau de l'Union européenne pour marquer la séance inaugurale du Parlement européen le 30 juin 2014 devant le Parlement européen à Strasbourg.
Les soldats d'un détachement de l'Eurocorps brandissent le drapeau de l'Union européenne pour marquer la séance inaugurale du Parlement européen le 30 juin 2014 devant le Parlement européen à Strasbourg. © AFP / FREDERICK FLORIN

Nathalie Kosciusko-Morizet chez les Républicains s'inquiète des conséquences du Brexit sur notre Défense : « La France est un des pays qui a encore une grande armée qui peut mener des opération extérieures, avec le Brexit, nos dépenses militaires représenteront 25% des dépenses militaires européennes, nous portons un fardeau. »

En cas de Brexit, les dépenses militaires de la France vont-elles représenter un quart des dépenses européennes ?

Plutôt vrai, même si la sortie du Royaume Uni de l'Union européenne n'aura pas de grandes conséquences sur la France. L’armée et la défense étant des prérogatives strictes des États, les dépenses militaires restent l'apanage des gouvernements. Cela dit si on additionne les dépenses de défense de chacun des 28 états membres de l'UE, on atteint a peu près 200 milliards d’euros en 2015. L’effort militaire français représente à lui seul environ 40 milliards d’euros, en intégrant les pensions, selon les données de l'institut SIPRI . En cas de départ du Royaume Uni, la part française serait un peu plus élevée (autour de 28%), mais dans les faits ça ne changerait pas grand-chose.

Quelle conséquence aurait le Brexit pour le budget français de la défense ?

En fait quasiment aucune conséquence. Nathalie Kosciusko-Morizet confond le poids de l’armée britannique (l’une des toutes premières en Europe) et sa participation réelle aux opérations européennes de Défense. Sur le terrain beaucoup de ces opérations se sont déroulées sans le Royaume Uni. Des opérations décidées dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense commune (PSDC). Un exemple : depuis le lancement en 2008 de l’opération anti-piraterie Atalante dans la Corne de l'Afrique, l'armée britannique n’a prêté qu’un seul navire pendant quelques mois, c'est bien moins que la minuscule armée luxembourgeoise qui a prêté 2 avions de patrouille maritime durant plusieurs années. Le Royaume uni a toujours préféré participer aux opérations de l’OTAN.

Par ailleurs"les interventions militaires européennes se font en Afrique, où les britanniques sont moins investis**", rappelle Jean Pierre Maulny, expert à l'IRIS** (l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques). Du coup un départ britannique de la défense européenne serait facilement supportable. De toute façon, même si le Royaume Uni sort de l'Europe rien n’empêchera d’associer les britanniques à certain projet de défense comme c'est aujourd’hui le cas avec l’Ukraine, la Suisse ou la Turquie.

Défense européenne : réalité ou illusion ?

La défense européenne, c'est un rêve que certains caressent depuis les années 50. Souvenez vous du projet avorté d'armée européenne de la CED. Il y a eu plusieurs tentatives, mais au final chaque pays décide toujours tout seul de ses investissements et de ses engagements militaires. Il y a 15 ans à Helsinki, les européens se sont fixé un objectif : être capable de déployer un corps d armée, jusqu’à 15 brigades environ 50 à 60 000 hommes pour des missions de combat et de maintien de la paix mais cet objectif est difficile à atteindre. Pour les opérations au Mali et en Centrafrique par exemple, on n’a pas trouvé le matériel et les soldats nécessaires. Pour l’instant il n'y a aucune volonté de planifier en commun les capacités, les types d'équipement, voire de lancer cette fameuse armée européenne. Questions de moyens en période de crise, mais aussi de priorité en terme de politique étrangère.

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