Barbelés
Barbelés © Shayan Sanyal

La Grèce a commencé à construire un mur de barbelés à la frontière turque et demande à présent l’aide de l’Europe pour le financer. Bruxelles s’y oppose.

C’est un petit mur de 12,5 kilomètres au nord est de la Grèce, à la frontière turque, près du fleuve Evros.

Deux rangées de barbelés de deux mètres de haut, surmontées de caméras thermiques, un barrage censé empêcher les migrants de rentrer clandestinement sur le territoire grec. Oui mais voilà, la Grèce demande l’aide de l’Europe. Et la Commission européenne, qui semble perdre patience, a dit non une fois de plus.

Il y a de l’argent pour financer l’accueil des immigrants clandestins, explique la commissaire Cecilia Malmström sur son compte Twitter, mais pas un centime du budget européen n’ira à la construction de cette clôture, jugée « plutôt inutile ». Libre à la Grèce de la construire, dit elle, mais le projet doit être conforme aux engagements grecs en matière de respect des droits de l’Homme.

- Aucun pays européen ne juge que ce projet de clôture est une bonne idée ?

Si, la France et l’Allemagne. Elles ne s’en cachent pas, malgré les réticences de Bruxelles. La Grèce est l’une des principales portes d’entrée de l’espace Schengen, avant de remonter plus haut vers le nord de l’Europe. L’Union européenne a envoyé, l’an dernier, des garde-frontières pour aider la Grèce à les contrôler. Mais, chaque jour, des centaines de migrants la traversent à Evros. Cette semaine, la Commission s’est montrée très dure envers la Grèce, en sous-entendant qu’elle devrait surtout améliorer les structures d’accueil des migrants, ce dont, il faut bien le reconnaître, Athènes se fiche comme de sa première drachme. Et cela ne date pas d’hier, mais remonte même à bien avant la crise.

  • Alors le refus de financement européen va-t-il dissuader la Grèce ?

C’est peu probable. Cette semaine, les pelleteuses sont entrées en action. Athènes a encore les moyens de payer seule la facture et espère que le mur sera achevé l’été prochain.

Mais il n’est pas sûr, en revanche, que cela décourage les clandestins, qui n’hésitent pas à traverser le fleuve, y compris par grand froid. Le corps d’une femme africaine a été retrouvé cette semaine sur la rive.

L’association Human Rights Watch s’étonne que la Grèce, pays en crise dépense de l’argent à construire un mur symbolique, d’autant plus que les migrants ont déjà commencé à changer leur route et leur voie de passage. Alors, c’est vrai, on sent bien que les Grecs soulèvent un vrai problème de solidarité entre les pays européens.

Un problème auquel l’Italie et la France ont dû faire face après les révolutions arabes, lorsque des Tunisiens ou des Libyens sont arrivés par bateaux entiers sur l’île de Lampedusa. Mais là, ce n’est juste pas le moment de titiller les Européens. Pas temps que la Grèce n’aura pas réglé son problème financier. Pas tant que la Grèce restera le vilain petit canard de l’Europe.

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