Rappel à l'ordre à propos de l'accueil des réfugiés alors que plusieurs pays d'Europe de l'Est refusent de leurs ouvrir leurs portes. Ecoutez ce qu'en disait François Hollande lundi dernier au cours de sa conférence de presse :

François Hollande affirme que la France a ouvert grand ses frontières aux habitants des pays de l’Est après la chute du mur de Berlin : vrai ou faux ?

C'est faux.

Lorsque le mur de Berlin est tombé, des centaines de milliers d'Européens de l'Est ont pu venir librement à l'ouest, mais le tableau que décrit François Hollande est un petit peu trop idyllique. En 1988, juste avant la chute du mur, la France accueille à peu près 3 000 demandeurs d'asile venant de Pologne, de Roumanie, de Croatie ou de Hongrie.

4 ans plus tard, on compte à peine un millier de réfugiés supplémentaires dans les statistiques d'Eurostat. Pas vraiment un raz-de-marée !

Malgré la levée des visas pour les Hongrois et les Tchèques, peu ont demandé à s'installer en France. Il faut dire aussi qu'en 1992, pour limiter les demandeurs d'asile, le gouvernement de gauche d’Edith Cresson supprime l'autorisation de travail pour les réfugiés, ce qui en dissuade un certain nombre.

La France n'a donc pas été aussi généreuse à l'égard des pays de l'Est que le suggère François Hollande. C'est donc plutôt un « faux » pour le chef de l'Etat.

L'Europe a-t-elle été aussi peu généreuse que la France à l'égard de ces réfugiés il y a 30 ans ?

En fait, les demandes d'asile en France sont une goutte d'eau par rapport à d’autres pays européens, comme l'Allemagne. En 1993, année record : l'Allemagne a enregistré plus de 450 000 demandes d'asile.

Au total, dans les années 90, ce pays a accueilli 350 000 Croates, Roumains ou Bosniaques musulmans, sans compter les Kosovars fuyant les guerres de l'ex Yougoslavie. A l'époque, c'est donc surtout l'Allemagne qui a fait preuve d'hospitalité. Mais en pleine réunification allemande, Berlin a fini par demander de l'aide à ses partenaires pour répartir la charge financière de tous ces réfugiés.

Un peu comme le font aujourd'hui l'Italie ou la Grèce. A l’époque, la réponse n’a pas vraiment été enthousiaste puisque les Européens, la France notamment, ont refusé.

Pourtant, il y a bien eu une tradition d’accueil en Europe à l’égard des voisins de l’Est après la Seconde guerre mondiale.

Des migrants attendent au poste frontière de Nichelsdorf entre la Hongrie et l'Autriche
Des migrants attendent au poste frontière de Nichelsdorf entre la Hongrie et l'Autriche © Radio France / Philippe Randé

Pendant la période soviétique, les réfugiés politiques des ex pays du bloc de l'Est ont été accueillis avec beaucoup de facilité par leurs voisins de l'autre côté du Rideau de Fer.

En 1956, plus de 200 000 Hongrois ont fui les tanks soviétiques vers l'Autriche. De même pour les Tchèques après le printemps de Prague en 1968 et la Pologne en 1981 après la répression de Solidarnosc. Après la chute du Mur, plus d'un million de Polonais, de Baltes et de Slovaques ont émigré également au Royaume-Uni et dans les pays d'Europe du Nord des raisons économiques. Aujourd'hui ces pays ne veulent pas d'immigration.

C'est le cas de la Hongrie pourtant, le premier pays à ouvrir sa frontière aux allemands de l'Est en 1989.

Ces pays considèrent la liberté de circulation comme l'un des principaux acquis de la chute du mur de Berlin. Il est donc assez troublant de voir qu'aujourd'hui, ils construisent des murs.

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