Voici ce qu'affirmait le député socialiste Benoît Hamon à propos des investissements des entreprises françaises et allemandes, le 4 décembre dernier sur France 2 dans l’émission Des paroles et des Actes :

Alors que les marges des entreprises françaises se réduisaient, on augmentait la distribution de dividendes en France. Que se passait-il en Allemagne alors que les marges des entreprises augmentaient ? Elles augmentaient leurs investissements et réduisaient la part distribuée en dividendes. Il y a en Allemagne, indiscutablement, une préférence pour l’investissement au détriment des dividendes »

Benoit Hamon affirme plusieurs choses.

benoît hamon succède à vincent peillon au ministère de l’éducation
benoît hamon succède à vincent peillon au ministère de l’éducation © reuters

Premièrement, les marges des entreprises françaises se réduisent. contrairement aux marges allemandes : Vrai ou faux ?

Vrai. Les marges c'est ce que les entreprises gagnent, une fois retirés salaires, impôts et charges. Et c'est vrai que depuis 2008, leur taux de marge s'est beaucoup réduit (même s'il est un peu remonté ces derniers mois grâce au pétrole bon marché) : en France, le taux de marge était l'an dernier autour de 30% selon l’institut Eurostat. C'est moins que la moyenne de l'Union européenne (37%), et moins encore que l'Allemagne, dont le taux de marge est de 40%.

Deuxièmement, Benoit Hamon affirme que les entreprises françaises distribuent plus de dividendes que les entreprises allemandes : vrai ou faux ?

C'est vrai que les entreprises françaises cotées ont distribué l'an dernier 36 milliards d'euros. Cela représente 1/4 des dividendes versés en Europe hors Royaume-Uni : la France est à ce titre le plus important payeur de dividendes de la région. Plus que l'Allemagne, qui a versé environ 18% des dividendes en Europe, toujours hors Royaume-Uni.

C'est peu comparé à la taille économique de l’Allemagne, mais les entreprises allemandes se financent moins que les françaises sur les marchés boursiers, explique Philippe Waechter, chef économiste chez Natixis Asset Management :

Ces dividendes servent-ils, surtout en France, à rémunérer de riches actionnaires au lieu d'investir, comme semble le dire Benoit Hamon ?

Cet argument, Benoit Hamon le répète souvent, il n'est d'ailleurs pas le seul à la gauche de la gauche. Disons que c'est un sacré raccourci.

Premièrement, toutes les entreprises ne distribuent pas de dividendes ; la plupart des PME ne le fait pas, c'est surtout le fait des grosses entreprises et en principe, de celles qui font des bénéfices. Ces dividendes rémunèrent le risque pris par les investisseurs lorsqu'ils participent au capital de l'entreprise (on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre).

En période de crise, les dividendes ont d'ailleurs beaucoup baissé.

On peut rappeler que l'Etat est également actionnaire, avec des participations chez Alstom ou Orange des dividendes qui nous ont permis de couvrir un peu, cette année, le déficit public.

Cela veut-il pour autant dire que les entreprises françaises investissent moins ? Là aussi, c’est aller un peu vite en besogne. Le taux d'investissement des entreprises françaises a un peu baissé depuis 2 ans, mais si l'on regarde sur 10 ans, l'investissement en France se porte beaucoup mieux qu'en Allemagne. Pour les experts que j'ai contactés, si l'investissement ne repart pas en France, c'est bien sûr à cause des faibles marges, du crédit bancaire, mais surtout en raison de la demande. À quoi bon investir si la demande n’existe pas ?

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