Après la tribune d'Arnaud Montebourg et Mathieu Pigasse publiée dimanche dernier dans le JDD, qui dénonçaient « l'absurde conformisme bruxellois qui guide notre politique économique », voici la réaction du ministre de l'Economie.

Emmanuel Macron était mercredi l'invité du 7/9 de France Inter :

Bruxelles c'est nous, c'est un choix librement consenti par les Etats. Nous l'infléchissons : on se bat pour ne pas faire de l'orthodoxie budgétaire à tout va mais en même temps, il faut prendre nos responsabilités. On ne peut pas se lever tous les matins en disant : on se bat sur un marché mondial, il faut avoir la taille critique, ça s'appelle l'Europe. On a une monnaie commune, elle nous permet de résister et d’être compétitifs, ça s'appelle la zone euro, mais d’un côté dire que nos engagements communs ne valent que pour les autres.

Emmanuel Macron commence par dire « Bruxelles, c'est nous » : vrai ou faux ?

Vrai, même si certains ont plutôt l'impression que l'Europe, c'est loin d'eux et que ses règles sont mal adaptées en matière budgétaire. Et c'est bien de cela dont parle Emmanuel Macron.

Par exemple, si on prend le fameux 3% de déficit public maximum, c'est un référendum français qui l'a ratifié au moment du traité de Maastricht. Depuis on a élargi cette règle, durci les contrôles et renforcé le risque de sanctions. A une époque où la zone euro craignait très fortement pour sa survie, les Européens ont pris l'engagement solennel de mieux gérer les finances publiques. Avant, chacun faisait un petit peu ce qu'il voulait dans son coin, mais la crise grecque l'a montré : les décisions des uns ont un impact sur les autres.

Emmanuel Macron dit vrai parce que toutes ces règles n'ont pas été imposées par une instance hors sol qui s'appellerait Bruxelles ou l'Union européenne. Il a fallu que les chefs d'Etat et de gouvernement de chaque pays (la France, l'Allemagne...) se mettent autour de table pour signer un traité.

Le dernier en date, c'est le Pacte budgétaire paraphé le 2 mars 2012 à Bruxelles par 25 chefs d'Etat sur 27. Et pour finir, il a fallu le feu vert de chaque parlement en Europe. Des parlements démocratiquement élus.

Au final, c'est donc bien de nous qu'il s'agit, et c'est donc un « vrai » pour Emmanuel Macron.

Le gouvernement peut-il infléchir certaines des règles budgétaires de l’Europe, comme l'affirme Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron © MaxPPP

On surnomme la Commission européenne « la gardienne de l'orthodoxie budgétaire » . Et ce n'est pas pour rien : elle lance régulièrement des lettres de rappel à l'ordre quand les règles ne sont pas respectées, elle fait des recommandations (il faudrait libéraliser les taxis en France, réformer les retraites, et plus généralement baisser le chômage), mais on oublie de dire que si la Commission se mêle de nos budgets nationaux, c'est d'abord parce qu'on le lui a demandé !

Par ailleurs, la pression mise sur les gouvernements n'est pas aussi forte qu'on veut bien le croire. D'abord, la nouvelle Commission Junker a promis un meilleur équilibre entre relance et austérité. Et en pratique, elle s'accommode assez facilement des quelques rustines qu'on lui propose. Surtout lorsqu'on est un grand pays, la deuxième économie de la zone euro : deux, trois dépenses gelées, des recettes qui apparaissent alors qu'on ne les attendait pas, et le tour est joué, la Commission accorde deux ans supplémentaires pour rentrer dans les clous.

La France en a bien profité, rappelle Yves Bertoncini, patron du think tank « Notre Europe » :

28 sec

Le cinq sept 2013 - SON Yves BERTONCINi vrai faux Europe

__

Ces règles budgétaires européennes très contraignantes décidées à la va-vite à un moment de crise, il est toujours possible de les changer et de les rendre plus démocratiques, mais pour l'instant, aucun gouvernement ne s'y est vraiment risqué.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.