Comment relancer l'emploi des jeunes ? Le match France-Allemagne

Un apprenti et son formateur.
Un apprenti et son formateur. © AFP / KENZO TRIBOUILLARD

Le candidat à la primaire de droite et du centre Jean François Copé affirme que l'apprentissage doit commencer dès 14 ans (au lieu de 16 ans aujourd'hui), lors du débat de la primaire de droite.

"Voilà des années qu'on aurait dû réhabiliter l'apprentissage comme le font les Allemands. Regardez les classements PISA : il y a quinze ans, la France était devant l'Allemagne. L'Allemagne a développé un énorme programme très ambitieux sur la revalorisation des enseignants, sur le suivi des programmes. En 15 ans l'Allemagne est (NDLR passée) en tête. Rattrapons-les."

La France devancée par l'Allemagne depuis 15 ans en matière d'apprentissage. C'est vrai ou faux ?

Faux. En fait Jean François Copé se mélange un peu les pinceaux. A l'appui de sa démonstration sur les bienfaits de l’apprentissage, il évoque le classement PISA. Tous les 3 ans, ce classement international de l'OCDE fait parler de lui en Europe. Pour ceux qui ne le connaissent pas, il porte sur les savoirs obtenus à la fin de la scolarité obligatoire, c'est à dire à 15 ans. Ce sont des tests de lecture, de mathématiques, et de sciences. Ce classement PISA évalue l'enseignement général, pas du tout la formation en alternance ou l'apprentissage. C'est donc un faux pour Jean François Copé.

Est-il vrai que la France est passée derrière l'Allemagne en termes d’enseignement général ?

On a un peu tendance à invoquer ce classement PISA dès qu'il est question d’éducation et Jean François Copé n’échappe pas à la règle : mais c’est vrai que chaque année la France perd des places dans ce classement . Au dernier compteur en 2013, les élèves français étaient 25ème en math, 21ème en compréhension de l'écrit, 26ème en sciences. A l'inverse l’Allemagne progresse : outre Rhin, depuis 2000 l'évaluation très mauvaise du système allemand a servi d'électrochoc. L’Allemagne, très inégalitaire comme la France, s'est réformée. Aujourd'hui ses élèves sont 16ème en math, 20ème lecture, 12ème en sciences. En matière d'enseignement général c'est donc vrai que l’Allemagne a progressé et nous a devancé.

L’Allemagne fait-elle figure de modèle en matière d'apprentissage ?

C'est vrai et ça ne date pas d’hier. L’Allemagne mise beaucoup plus sur l’apprentissage que nous. On compte trois fois plus d'apprentis en Allemagne qu'en France. C'est vrai que les pays qui pratiquent l'apprentissage (l'Allemagne, l’Autriche ou la Suisse) connaissent un taux de chômage des jeunes particulièrement faible. En Allemagne les jeunes inactifs sont à peine 8%, alors qu'en France 25% des moins de 25 ans est sans emploi.

Pourquoi ça marche si bien dans ces pays et pas chez nous ?

Dans le modèle français la filière d'excellence reste la filière générale. L’alternance est souvent considérée comme une "voie de garage" destinée à des élèves souvent en échec. L’OCDE, dans son dernier rapport sur le sujet, pointe aussi le manque d’offres d’apprentissage en entreprises : un étudiant en baccalauréat professionnel sur 3 suit une formation en alternance alors qu’en Allemagne c’est quasiment 100%.

Il y a des raisons à cela : le manque de confiance entre le milieu professionnel et l’éducation nationale. En Allemagne, le plus souvent les formateurs ont un pied dans l’entreprise, du coup, ils sont très au courant de leurs attentes. Ce n’est que très peu le cas en France. Par ailleurs les filières professionnelles sont assez peu porteuses sur le marché du travail. Enfin il y a très peu de passerelles avec l’université. A l'inverse, en Allemagne ou en Suisse, la voie professionnelle est réputée et ceux qui le veulent peuvent poursuivre sur une formation universitaire. En Suisse, certains ministres ne se privent pas d’ailleurs de se présenter avec fierté comme d’anciens apprentis... en France on a bien du mal à en trouver un seul dans ce cas…

►►►Pour en savoir plus sur l’étude de l’OCDE sur l’apprentissage

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