On revient sur les derniers chiffres du chômage avec cette déclaration de François Rebsamen, ministre du Travail, chez nos confrères de BFM TV, le 5 mars dernier :

Mieux vaut être chômeur en France qu'en Allemagne, dit en substance François Rebsamen : vrai pou faux ?

Une nouvelle augmentation du nombre de chômeurs
Une nouvelle augmentation du nombre de chômeurs © Marlene Awaad / IP3 / Marlene Awaad / IP3

C’est plutôt vrai : le taux de pauvreté, c'est la proportion de personnes qui vivent avec moins de 987 euros par mois.

Si on prend le taux de pauvreté des chômeurs en France, il est assez élevé : environ 35%.

Mais, ces dernières années, il a beaucoup moins progressé qu'en Allemagne. Chez les chômeurs allemands, depuis le milieu des années 2000, le taux de pauvreté a littéralement explosé puisqu'on est passé de 30% à 56%.

Aujourd'hui, un peu moins des 2/3 des chômeurs allemands sont sous le seuil de pauvreté : 60% si l'on en croit les statistiques de l'institut Destatis. C'est donc à peu près le double du taux de pauvreté des chômeurs français.

Les chiffres de l’INSEE indiquent que les chômeurs sous le seuil de pauvreté en France représentaient 35% en 2010. Ce taux varie d'une année sur l'autre : en 2 ans, il a progressé avant de reculer, donc au final c'est plutôt stable. C'est donc un « vrai » pour François Rebsamen.

Comment s'explique cette différence du simple au double entre la France et l’Allemagne ?

Contrairement à ce qu'affirme le Ministre du Travail, cette différence ne s'explique pas vraiment par les temps partiels, les « mini jobs » en Allemagne. Elle s'explique par des réformes moins connues du marché du travail, et qui ont beaucoup réduit la générosité de l'indemnisation du chômage.

Avant ces lois, les chômeurs allemands étaient indemnisés pendant 32 mois et le calcul de leurs indemnités étaient plutôt généreux. Mais depuis 2005, ce système a été remplacé par un autre, censé inciter les chômeurs à retrouver très vite un emploi. Les indemnités chômage ne sont versées que pendant 1 an, contre 2 ans en France. Les motifs de sanction élargi et durci, ce qui fait qu'on peut très vite perdre ses allocations. Le chômeur passe alors directement à un minimum social de 345 euros pour un célibataire.

Bref, en Allemagne, le filet de sécurité a disparu, ce qui a eu comme conséquence une explosion des inégalités, alors que chez nous, ce filet a été maintenu intégralement.

Malgré leur taux de chômage deux fois inférieur au nôtre, les Allemands seraient finalement plus à plaindre que les Français, sous-entend François Rebsamen.

Pas si sûr. D'une part, en France, la moitié des chômeurs n'étant pas indemnisée, une partie des sans-emplois doit donc faire face à d'importantes difficultés financières. Par ailleurs, le taux de pauvreté reste très élevé : 35%, c'est beaucoup plus que la moyenne française, rappelleGuillaume Allègre, économiste à l'OFCE :

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En Europe, les pays où la proportion de personnes pauvres chez les chômeurs est la moins élevée sont les Pays-Bas, le Danemark et l’Irlande.

> Pour aller plus loin :- Les statistiques de l’Insee

- France-Allemagne : pauvreté des non travailleurs (OFCE)

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