L’Europe est-elle si naïve face aux investisseurs chinois ? Le Parlement européen vote un réglement de défense des investissements stratégiques

A Londres, un taxi fait de la publicité pour le géant chinois Huawei, près de la gare Charing Cross. Le ministre de la Défense britannique Gavin Williamson est très inquiet des investissements chinois dans le réseau mobile de 5G outre Manche
A Londres, un taxi fait de la publicité pour le géant chinois Huawei, près de la gare Charing Cross. Le ministre de la Défense britannique Gavin Williamson est très inquiet des investissements chinois dans le réseau mobile de 5G outre Manche © AFP / NIKLAS HALLE'N / AFP

Le Royaume uni devant la Suède et l'Allemagne, c'est le hit-parade des pays d'Europe où les chinois ont le plus investi l'an passé selon le baromètre du cabinet Rhodium Group. La France est le 5ème pays. 

Les secteurs qui aiguisent les appétits des compagnies chinoises sont le tourisme (le Club Med racheté par Fosun, les hôtels Accor) où le secteur de l'automobile (Peugeot en France, Mercedes Benz en Allemagne, les pneus Pirelli en Italie) et les grandes infrastructures, comme le port du Pirée en Grèce, l'aéroport de Toulouse Blagnac, Quant à la Hongrie, elle fait financer sa première ligne de TGV par la fameuse compagnie chinoise concurrente d'Alstom/Siemens. Objectif : relier Budapest à Belgrade et à terme le port grec du Pirée, la nouvelle porte d'entrée de la Chine en Europe. Pékin l'a annoncé, il veut être leader  mondial sur cinq secteurs stratégiques d'ici 2025 et il ne regarde pas à la dépense. 

Débats en Europe sur des instruments de défense économique 

Les débats sont très durs entre d'un côté, 12 pays dont la France disposent déjà d'instruments de contrôle dans des secteurs stratégiques.  A l'inverse, certains pays sont très hostiles : la Grèce ou le Portugal ont besoin des étrangers pour faire tourner leur économie.  D’autres, comme les pays nordiques, sont très attachés à l'ouverture des marchés.  Ceci dit le vent tourne : même la République Tchèque, ou le Danemark sont en train de revoir leur position et vont se doter de dispositifs similaires à ceux de la France. 

Prise de conscience y compris en Allemagne

L’affaire Kuka, en 2016, a servi d'électrochoc : Kuka c'est le champion des robots, made in Germany, le fabricant de machine-outil est devenu chinois. La même année, les investissements de l'Empire du milieu en Allemagne ont atteint 12 milliards d'euros, vingt fois plus que l'année précédente. Pour bloquer certains de ces investissements chinois, Berlin a invoqué la sécurité nationale. Une première Outre Rhin.  

A quoi va servir ce nouvel instrument européen ? 

Aujourd’hui chacun fait ce qu'il veut chez soi. Or les réseaux européens sont de plus en plus interconnectés : on vit dans un marché unique, et ce qui arrive à l'un importe aux autres. Ce nouveau verrou européen est assez light : in fine chaque Etat restera décisionnaire chez lui, mais  la Commission européenne donnera son avis et si on s'écarte de cet avis, il faudra qu'il donne des explications à ses voisins... dans certains secteurs, l'industrie, ou les nouvelles technologies. Les batteries électriques, c'est toute l'industrie automobile européenne qui peut être concernée. Bref il s'agit d'un nouvel instrument de défense économique, à 100 jours des élections européennes, les parlementaires européens veulent aussi montrer qu'il y a aussi une Europe qui protège.

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