On reparle d'Alstom. Les difficultés de l'usine de Belfort continuent d'alimenter de nombreux commentaires à droite comme à gauche.

La première motrice TGV Est Européen à Belfort, dans l'usine d'Alstom
La première motrice TGV Est Européen à Belfort, dans l'usine d'Alstom © Maxppp / PHOTOPQR/L'ALSACE/Jean Becker

Jean Luc Mélenchon du Parti de Gauche sur LCI disait dernièrement :

"Si on harmonisait les conditions sociales de tous les pays d’Europe ? Savez-vous que les écarts de salaire sont de un à sept en Europe. Aujourd'hui une délocalisation sur 2 se fait en Europe, vous trouvez ça normal ?"

Pour le candidat à la présidentielle, les difficultés de l'usine de Belfort sont la marque du dumping social en Europe, en cause, selon lui : les différences de salaires qui vont de un à sept C'est vrai ou c'est faux ?

Plutôt vrai, et ces écarts de salaires sont plus importants que ne le dit Jean-Luc Mélenchon.

Si on prend le coût global de la main d'œuvre (c'est à dire en incluant les salaires et les charges), l'écart n'est pas de 1 à 7, mais de 1 à 10 si l’on reprend les chiffres de l’institut Eurostat. En Bulgarie, le coût horaire dans l'industrie est de 4 euros, alors qu'au Danemark, il est de 40 euros (la France n'est que cinquième de l'Union européenne pour le coût cout global de la main d'œuvre). Même si on réduit aux 19 pays de la zone euro, l'écart reste conséquent entre la Lituanie : 7 euros et le Danemark : 40 euros. Cela dit, les différences sont en train de s'estomper. Avant l'élargissement aux pays de l'ex-bloc communiste, l'écart était 2 fois plus important. En résumé, les écarts de salaire ne sont pas de un à sept mais de un à dix en Europe. JJean-Luc Mélenchon a donc raison sur le fond.

Jean-Luc Mélenchon affirme également qu'une délocalisation sur deux se fait à l'intérieur de l'Union européenne ? Vrai ou Faux ?

C'est vrai. Selon l'INSEE, parmi les sociétés qui ont délocalisé des activités entre 2009 et 2011, 55 %, c'est à dire plus d'une sur deux, l’a fait vers un autre pays de l’Union européenne. 4 fois sur 10, les entreprises délocalisent dans un des anciens pays membres européens, comme l'Italie, le Danemark ou le Royaume Uni. Dans leurs cas, l'objectif c'est de trouver des coûts de production plus bas, mais pas forcément des salaires plus bas. Dans 2 cas sur 10, les entreprises délocalisent vers les nouveaux États membres, ceux issus de l'élargissement. Dans ce cas, selon l'INSEE elles souhaitent effectivement "accéder à des couts salariaux attractifs".

Les difficultés de l'usine de Belfort sont-elles le signe d'un dumping social à l'intérieur de l'Europe comme le sous-entend Jean-Luc Mélenchon ?

Pas vraiment, car les locomotives des TGV que fabrique l'usine de Belfort, elles ne sont ni fabriquées, ni même assemblées en Europe de l'Est. Le dernier contrat perdu par Alstom à Belfort l'a été au profit de l'allemand Vossloh. 44 locomotives commandées par Akiem, une filiale de la SNCF, qui seront fabriquées à Kiel au nord de l'Allemagne, où les salaires sont à peu près comparables aux nôtres dans l'industrie. Bref, les derniers marchés perdus par Alstom à Belfort ne l'ont pas été pour des raisons de couts salariaux plus ou moins élevés. Le vrai problème pour certains syndicalistes de Belfort, contacté, c'est moins le dumping social, que la difficulté d'Alstom de s'adapter à un marché en perte de vitesse. Les locomotives sont un marché de niche, où les allemands Siemens par exemple sont plus compétitifs car ils parviennent mieux à amortir les frais fixes, quitte à prendre plus de risques ...

Le rapport de l’INSEE sur les délocalisations en Europe

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