Drapeau Royaume-Uni
Drapeau Royaume-Uni © erjkprunczyk

Il y a tout juste une semaine, 26 des 27 Etats européens se sont mis d’accord sur un projet d’Union budgétaire renforcée. Seul le Premier ministre britannique a refusé de signer. Peut-on réellement s’étonner de ce « no » britannique ?

Jamais la Grande-Bretagne n’a été aussi isolée. Face aux exigences de David Cameron, le tandem Merkel-Sarkozy aurait pu faire des compromis : il n’en a rien été. Et la Grande-Bretagne en est aussi responsable. Depuis des années, Londres n’a cessé de bloquer avec habileté, d’argumenter dans les sommets européens, quitte à en tirer profit quand c’était possible. Les conservateurs qui ont négocié l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE en 1963 puis en 1972 se sont engagés, lors des dernières élections de 2010, à rapatrier certains pouvoirs dévolus à Bruxelles. Ils peuvent compter sur une opinion majoritairement eurosceptique.

Plusieurs raisons à ce manque d’enthousiasme. Tout d’abord, l’ancienne puissance maritime a toujours préféré les Etats-Unis au continent européen. Beaucoup restent intimement convaincus que l’euro est une erreur qui conduit droit dans le mur. Cet euroscepticisme a conduit, au Parlement européen, les Tories, les conservateurs, à ne plus siéger au côté de l’UMP, mais avec d’autres partis eurosceptiques, polonais ou tchèques. En faisant cavalier seul, le premier ministre David Cameron semble donner raison au Général de Gaule pour qui « la Grande Bretagne est une île et a vocation à le rester ».

- L’exception britannique semble être une tradition bien établie en Europe

« Un pied dedans, un pied dehors », c’est un peu la stratégie britannique depuis 40 ans. Son ambivalence à l’égard de l’Union européenne n’est pas nouvelle. Par le passé, Londres et Bruxelles se sont souvent opposés. Sur la Politique Agricole Commune et sur le fameux « chèque britannique », une ristourne de plusieurs dizaines de milliards d’euros sur le budget européen obtenue en 1984 par Margaret Thatcher le premier ministre conservateur. Souvenez-vous de son célèbre « I want my money back ». Après quoi, les dirigeants britanniques successifs ont dit non à l’euro, aux accords de Schengen ou à une politique sociale. Hier comme aujourd’hui, les Britanniques veulent une Europe à la carte : garder ce qui leur convient et refuser ce qui ne leur va pas, quitte à bloquer les discussions, ce qui finit par excéder leurs partenaires. David Cameron veut moins d’Europe à un moment où les 26 autres, ont choisi d’aller vers une Europe plus intégrée. Aujourd’hui, les europhiles anglais (il en reste) se demandent si la Grande-Bretagne va devenir une sorte de Suisse off-shore, une sortie d’îles Caïmans, le climat en moins, arc-boutée sur la défense des intérêts de sa place financière, la City.

- Ce cavalier seul peut-il aller jusqu’au divorce ? Quelles pourraient être les conséquences de ce « no » britannique ?

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En théorie, la Grande-Bretagne a toujours voix au chapitre. C’est un membre à part entière car en raison de son poids, elle ne peut être marginalisée.

Il n’empêche, désormais, les critiques viennent aussi de l’industrie financière, celle-là même pour laquelle le Premier ministre britannique disait agir. « Comment influer sur la régulation des banques quand on ne fait pas partie de la discussion ? », s’interroge l’Association des banquiers britanniques. Bref, c’est la douche froide. David Cameron a dû s’expliquer deux fois devant son parlement et essuyer une volée de bois vert des eurodéputés à Strasbourg , David Cameron sollicite désormais un statut d’observateur pour les prochaines négociations. L’avenir nous dira si ce cavalier seul va vers l’impasse ou un avenir radieux.

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