Pièce de monnaie (franc)
Pièce de monnaie (franc) © jovik

On peut se poser la question, car en pleine crise de la dette aux Pays-Bas et en France, certains réclament un retour à la monnaie nationale. Peut-on réellement l’envisager ?

C’est le cas aux Pays-Bas, où le leader populiste Geert Wilders veut le retour du florin, mais aussi en France, où la présidente du Front National, Marine Le Pen, assure qu’il suffit de changer les planches à billet pour revenir au franc dans les six mois. Mais c’est plus compliqué que cela.

D’abord, il faut du temps pour changer la monnaie, le passage à l’euro l’a bien montré. Il faut concevoir les billets, les fabriquer avec des systèmes de sécurité multiples et les distribuer dans tout le pays. Tout cela prendrait au bas mot deux ans selon la Banque de France.

Juridiquement, ce n’est pas si facile non plus de revenir au franc, car le Traité de Lisbonne ne prévoit pas de sortie de la zone euro. Au contraire, la logique veut que l’ensemble des Etats de l’Union européenne en fasse partie. Il faudrait donc négocier un nouvel accord ; un processus très long, qui prendrait sans doute bien plus de six mois.

- Est-ce la crise qui a modifié la façon dont l’euro est perçu ?

En fait, l’appartenance à l’euro n’est véritablement remise en cause dans aucun des pays touchés par la crise. En Irlande et au Portugal (et sans doute bientôt en Espagne), les citoyens ont chassé les dirigeants qui sont accusés à tort ou à raison d’être à l’origine de la crise, mais ils n’ont pas voté pour des partis qui demandent la sortie de la monnaie unique. En Grèce, l’affaire du référendum a montré au moins une chose : la majorité des citoyens grecs veut conserver l’euro. Sortir de l’euro ne règlerait sans doute pas grand-chose, beaucoup en ont conscience.

Le problème est ailleurs : dans la mauvaise gestion des Etats, le pouvoir des lobbies ou la corruption. Même en France, désormais dans l’œil du cyclone, un sondage BVA publié le 3 novembre dans le magazine Challenges montre que 77% des Français sont aujourd’hui favorables à l’euro. Et ce même s'ils s’inquiètent d’une perte de souveraineté qui pèserait sur notre modèle social.

- D’ailleurs, paradoxalement, la crise relance l’idée fédérale européenne.

Effectivement, car beaucoup ont pris acte de la nécessité d’aller vers plus d’intégration. Les problèmes se règlent à l’échelle de l’Europe et non des Etats -même pour l’Allemagne- et les dirigeants politiques suivent le même mouvement, y compris la chancelière Angela Merkel qui, pourtant, doit batailler contre les eurosceptiques au sein de son propre camp.

Elle s’est d’ailleurs montrée très claire cette semaine. Devant les délégués de son parti réunis à Leipzig, elle a plaidé pour une harmonisation de la fiscalité européenne. Mais en échange, dit-elle, les gouvernements doivent se préparer à une politique budgétaire plus intégrée, autrement dit à faire le sacrifice d’une partie de leur souveraineté.

Face à cette nécessité de trouver un compromis, Nicolas Sarkozy a fait des concessions : au dernier Conseil européen, le Président de la République a approuvé la possibilité, pour la Commission européenne, d’amender les budgets nationaux avant leur adoption. Une petite révolution.

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