Une européenne sur cinq se dit victime de violences physiques et sexuelles, les taux les plus élevés en Suède ou au Danemark

Manifestation contre les violences contre les femmes à Madrid en Espagne (novembre 2018)
Manifestation contre les violences contre les femmes à Madrid en Espagne (novembre 2018) © AFP / PATRICIO REALPE / NURPHOTO

Delphine Simon

Chaque jour en Europe les violences conjugales, causent la mort de sept femmes. L'Agence européenne des droits fondamentaux a mené une vaste étude auprès de 42 000 européennes interrogées dans 28 pays en 2015. C'est à ce jour, l’étude la plus complète menée en Europe. "Parmi les femmes qui ont (eu) une relation avec un homme, 22 % (c'est à dire plus d'une sur cinq) a subi des violences physiques ou sexuelles ». La France avec un taux de 26% se place au-dessus de la moyenne européenne. Dans ce classement, les pays du sud : Italie ou Espagne font plutôt bonne figure. Alors que les pays du nord de l'Europe ont les plus mauvais scores : en tête de ce peloton du pire : la Suède, les Pays Bas, la Finlande, la Lettonie et le Danemark. 

Deux raisons : d'abord une forte consommation d'alcool dans ces pays, mais peut-être surtout une plus forte conscience qu'ont les scandinaves à l'égard des abus dont elles sont victimes. Ces actes de violence sont abordés plus ouvertement dans des sociétés où l'égalité est plus admise. On est donc sur du déclaratif. Mais à ce stade,  difficile d'avoir une photographie précise du problème, car, c’est une difficulté majeure, la majorité des femmes victimes ne signalent ces violences ni à la police ni à aucune association ou service, notamment par peur des représailles, voire retirent leurs plaintes. 

La France au-dessus de la moyenne européenne 

Nos voisins espagnols ont pris le problème à bras le corps dès les années 2000,  en créant des tribunaux spécialisés. Des juges, des gendarmes et des assistants sociaux ont été spécialement formés à ces questions. Une ordonnance de protection (introduite en France en 2010) permet aux victimes d’être protégées avant même le dépôt de plainte. Les femmes peuvent être relogées, obtenir l’éloignement du conjoint violent ou encore recevoir un portable spécial qui permet d’être géo localisée en cas de danger et de joindre directement une plateforme d’assistance. En 2017 le gouvernement espagnol a débloqué un milliard d'euros sur 5 ans. Résultat : deux fois moins de femmes assassinées en Espagne qu'en France au sein de leur couple. 

En Italie, où jusqu'en 1981, le code pénal prévoyait des peines allégées pour les crimes d'honneur, la prise de conscience est forte également. Le "féminicide est reconnu comme un crime (ce qui n'est pas le cas en France). Une loi  protège les orphelins de « féminicide ». Une première en Europe. 

Aucune harmonisation européenne

Pour lutter efficacement contre les abus au sein d’un couple, l'agence des droits fondamentaux préconise que les « États  considérent ces violences comme une affaire publique et non privée ». Une directive européenne de 2012 fixe des normes de base pour les droits des victimes. Vingt et un Etats sur 28 ont aussi ratifié la Convention d'Istanbul du Conseil de l’Europe. A ce jour c'est le seul texte international contraignant contre les violences faites aux femmes. L'adopter au niveau de l'union européenne permettrait d'introduire un instrument législatif commun. Mais ça bloque à cause de la Pologne et de la Hongrie principalement qui refuse la notion de « genres ». Le Parlement européen voudrait mettre la pression sur les gouvernements. Après le vote de plusieurs résolutions, un débat aura lieu le 25 novembre à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence contre les femmes au Parlement de Strasbourg.  

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