Pendant que l’Europe sociale et économique patine, l’Europe spatiale, elle, prend son envol. La fusée Soyouz, qui doit mettre en orbite deux satellites du programme de GPS européen Galileo, devrait quitter Kourou, en Guyane, aujourd’hui, en début d’après-midi heure de Paris, avec 24 heures de retard.

Au départ, ce n’était pas gagné. Les divisions entre Européens et les pièges des Américains ont bien failli avoir la peau de ce grand projet spatial. L’idée de concurrencer le GPS américain remonte à 1998, et c’est une initiative française. Elle déclenche immédiatement les tirs de barrage de l’administration Bush. Pour décourager l’Europe de se lancer dans l’aventure, l’argument de Washington est simple : pourquoi investir dans un nouveau système de navigation, alors que le GPS est mis à leur disposition gratuitement ?

Pour les Européens, l’enjeu est à la fois technique et stratégique : avec une localisation d’un mètre, Galileo est tout simplement plus précis que le GPS, un système dont les Américains peuvent à tout moment interrompre le signal, voire le dégrader sans prévenir, comme ce fut le cas lors de la guerre du Golfe.

Enfin, le GPS américain est avant tout un système militaire. C’est aussi le cas du Glonass russe. Galileo, entièrement financé par le budget européen est, lui, un système de navigation civil.

Pour en arriver là, il a fallu affronter de nombreux obstacles, à la fois financiers et techniques. Et malgré les avantages du système, les Européens ont donné l’impression d’hésiter. C’est donc avec retard que l’Europe concrétise cette conquête spatiale. Les deux premiers satellites lancés de Kourou, en Guyane, formeront l’avant-garde d’une constellation. Au total, trente satellites seront bientôt en position, à une orbite plus élevée que le GPS.

Dès 2014, Galileo devrait s’ouvrir aux services initiaux : pour localiser l’endroit où intervenir après des catastrophes, contrôler les frontières Schengen ou offrir un accès autonome à l’espace, indispensable dans les télécoms, les transports, ou la politique agricole.

Aujourd’hui, l’Union européenne semble en mesure d’assurer son indépendance spatiale et de briser le monopole américain. Depuis le traité de Lisbonne, elle est dotée d’une compétence spatiale. Il était temps : la Russie vient de remettre en état son propre système de navigation, hérité de l’URSS. La Chine va bientôt lancer le sien, suivie de l’Inde et du Japon. Au moment où l’Euro bat de l’aile, Galileo pourrait être un signe visible pour une Europe en mal de projets. Certains, en tous cas, se prennent déjà à l’espérer.

A lire : le rapport "Une ambition spatiale pour l’Europe" du Centre d’analyse stratégique.

Les liens

Site de l'ESA, l'agence spatiale européenne

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