On refait le match Allemagne-France, ce matin.

La chancelière allemande Angela Merkel pendant le sommet des dirigeants de l'Union européenne le 20 Octobre 2016 au Conseil européen, à Bruxelles.
La chancelière allemande Angela Merkel pendant le sommet des dirigeants de l'Union européenne le 20 Octobre 2016 au Conseil européen, à Bruxelles. © AFP / THIERRY CHARLIER

Dans son programme, le candidat à la primaire de droite François Fillon vise le retour au plein emploi ! Son modèle, c'est l'Allemagne : "La pauvreté est moins importante en Allemagne aujourd'hui qu'en France, c'est une évidence".

La pauvreté beaucoup moins forte en Allemagne qu'en France, François Fillon dit plutôt l'inverse de ce qu'on entend d'habitude. C'est vrai ou c'est faux ?

C'est faux. Ça peut sembler paradoxal, vu les bons résultats économiques de l'Allemagne : tous les voyants sont au vert pour la locomotive de l'Europe ! C'est quasiment le plein emploi, l'industrie allemande bat des records à l'exportation et les finances publiques sont à l'équilibre. Que rêver de mieux ? Et pourtant, le taux de pauvreté dépasse nettement celui de la France : 17% en Allemagne contre 14% en France selon les derniers chiffres de l'institut Eurostat. L'indicateur pour mesurer la pauvreté, c'est le seuil de pauvreté. Il est fixé le plus souvent à 60% du revenu médian. On devient pauvre en France en dessous de 935 euros de revenus pour une personne seule. Le seuil de pauvreté est de 950 euros en Allemagne. Un seuil élevé, mais qui permet de se comparer avec nos voisins européens.

Pourquoi la pauvreté est-elle plus forte en Allemagne ? Comment ça s'explique ?

En Allemagne, les réformes du marché du travail et des retraites ont été engagées dès les années 2000 par le social-démocrate Gerhard Schroeder, le prédécesseur d’Angela Merkel. Et elles se sont faites au prix de très gros sacrifices. À coup de mini jobs, d’une moindre indemnisation des chômeurs et d'un recours important au temps partiel chez les femmes. Pour sauver le système de retraites, les pensions ont été abaissées. Selon l'OCDE le risque de pauvreté est trois fois plus élevé pour les retraités allemands que français. Quant aux chômeurs allemands, 67% sont exposés au risque de pauvreté, c'est l'un des niveaux les plus élevés d’Europe. Depuis l'an 2000, la pauvreté a clairement progressé outre Rhin, alors qu’en France le taux de pauvreté reste globalement stable. Malgré la crise, la France consacre plus d'un tiers de sa richesse à la protection sociale de ses habitants, elle a réussi à conserver un filet social. Avec un tel niveau de transferts, le taux de pauvreté reste malgré tout toujours trop élevé. Mais quoi qu'en dise François Fillon, ce taux de pauvreté il est l'un des plus bas d'Europe, avec la Norvège, les Pays-Bas, et le Danemark. Si je résume, c’est donc un faux pour François Fillon.

►►►La pauvreté dans les 28 pays de l’UE selon Eurostat

►►►L’Observatoire des inégalités dresse le portrait de la pauvreté en Europe

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