Alep et l'aide humanitaire européenne

Un convoi humanitaire et medical part de l’Hotel de Ville de Paris pour Alep
Un convoi humanitaire et medical part de l’Hotel de Ville de Paris pour Alep © Maxppp / Jerome Fourcade/Wostok Press

L'Europe est très critiquée pour son manque de réaction face à la crise en Syrie. On lui reproche sa passivité face au martyr de la ville d'Alep.

Réponse du commissaire européen Pierre Moscovici :

"Il faut remettre les choses en place : l'UE est la première contributrice en terme d'aide humanitaire en général. En Syrie, c'est 9 milliards d'euros. Dire que l'UE est absente n'est pas exact. Je pense qu'il y a un problème pour la communauté internationale toute entière."

L'Union européenne est-elle le plus gros contributeur d'aide humanitaire en Syrie ?

Plutôt vrai. Depuis 2011, l’Europe c’est à dire la commission européenne et les 28 Etats membres ont donné 8 milliards 900 millions d’euros pour la Syrie. Sur cette somme 5 milliards sont versés au titre de l'aide d’urgence pour les habitants de la Syrie, mais aussi pour les pays voisins où ils sont réfugiés (la Jordanie, le Liban et l’Irak). C'est de l'aide humanitaire. Pierre Moscovici y ajoute aussi 4 milliards d'euros d' aide économique et d’aide au développement. Autrement dit, le commissaire européen gonfle les chiffres en amalgamant plusieurs aides financières versées par l'Europe à la Syrie. Si je résume, Pierre Moscovici a raison d'affirmer que l'Europe n'est pas absente en Syrie. C'est même le plus gros donateur, devant les Etats-Unis, même si le montant de l'aide humanitaire stricto sensu est de 5 milliards d'euros et non de 9 milliards.

9 milliards d’euros : quelle efficacité ?

Au début de l’année 2016, à Londres, la conférence des donateurs pour la Syrie a promis beaucoup d’argent. Mais les chiffres doivent être pris avec précaution, car l’aide promise n’est pas forcément déboursée. Et il est très difficile de dire qui a vraiment tenu ses engagements : « certains états engagent leurs fonds à travers des fondations dont les dépenses sont complexes à analyser et difficiles à suivre. » rappele la commission européenne.

Sur le terrain, malgré cette aide promise l’été dernier, le Haut commissariat aux réfugiés a été obligé de rappeler les pays donateurs à leurs promesses : l’argent n’arrive pas dans les pays qui en ont un besoin criant, comme le Liban ou l’Irak…

Est ce suffisant ?

La moitié de l'aide mondiale vient d'Europe, premier contributeur d’aide humanitaire au monde. Mais cet argent sert surtout à panser les plaies des conflits ; il ne les résout pas. ça illustre le problème de ne pas avoir de politique étrangère commune. L'Europe n’a pas été actrice dans ce conflit syrien, elle a attendu en vain l’intervention américaine. Or les États-Unis considèrent que leur intérêt vital n’est pas en jeu en Syrie. Pierre Moscovici a raison de dire que c'est un problème international. Malgré tout l’Europe s'est refusée à analyser le fait que la crise syrienne la concerne directement. Désormais elle est bien obligée d’en gérer les conséquences, c'est-à-dire la plus grave crise humanitaire depuis la seconde guerre mondiale. Sans se donner les moyens de mettre fin au conflit.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.