Le Premier ministre, Manuel Valls et le ministre de l'Économie, Emmanuel Macron, visitant Airbus à Hamburg, le 22 septembre 2014
Le Premier ministre, Manuel Valls et le ministre de l'Économie, Emmanuel Macron, visitant Airbus à Hamburg, le 22 septembre 2014 © Axel Heimken/DPA/MAXPPP

Ce matin, nous revenons sur les propos de Manuel Valls à propos de l'euro : la monnaie européenne est tombée sous 1,28 dollar hier. Au plus bas depuis 14 mois. L'euro baisse et ce serait grâce au gouvernement. Vrai ou faux ?

Faux. La monnaie européenne a bel et bien baissé. L'euro a perdu 7% depuis le début de l'année, mais on ne peut pas dire que ce soit grâce au gouvernement de Manuel Valls. Premièrement, la banque centrale européenne est totalement indépendante des gouvernements nationaux . C'est dans ses statuts : elle prend ses décisions en conseil des gouverneurs, où se réunissent les membres des banques centrales nationales et le directoire de la BCE.

Elle ne peut pas prendre conseil auprès des gouvernements nationaux ou des autres institutions européennes. Et n'en déplaise à Manuel Valls, elle prend ses décisions pour toute la zone euro, et pas uniquement pour faire plaisir à la France.

Deuxièmement, la valeur de l’euro baisse, aussi, parce que le dollar est en train de remonter . La banque centrale américaine pourrait bientôt relever ses taux d'intérêt et cette décision a déjà des conséquences sur le cours du dollar. Les économistes que j'ai contactés parlent d'un effet croisé dollars/euros. Il est donc complètement faux de dire que c'est grâce à la force de persuasion de Manuel Valls que le gouvernement français a obtenu cette baisse de l'euro.

Qu'est ce qui a convaincu la BCE de prendre des mesures ?

Il ne faut pas se tromper : si la BCE s'inquiète de la force de l'euro, ce n'est pas pour les mêmes raisons que les entreprises et le gouvernement français. Son inquiétude vient du niveau de l'inflation très faible et des risques que l'euro fort fait peser pour le retour de la croissance dans la zone euro. Or depuis plusieurs mois, la croissance vacille y compris dans les pays, en bonne santé économique, comme l'Allemagne.

Du coup, la BCE a pris plusieurs mesures : Christophe Blot est économiste à l'OFCE

Aujourd’hui, il y a une menace sur la stabilité des prix dans la zone euro : les prix sont trop bas au regard de l’objectif de la BCE. La croissance est trop faible, elle ne repart pas suffisamment vite. Alors il faut engager des mesures supplémentaires de relance. Une majorité d’économistes considèrent que l’inflation est loin de la cible de la BCE, que la BCE devait sans doute utiliser des mesures supplémentaires. C’est plus un diagnostic partagé que l’idée que la banque centrale européenne réaliserait sous l’influence du gouvernement français que la situation en zone euro est proche de la déflation et qu’il faut mettre en œuvre des mesures supplémentaires.

La stabilité des prix, c'est la première mission de la BCE... Mais la croissance, on le sait moins, fait aussi fait partie de son mandat.

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