Quand la lune de miel vire à la scène de ménage. Les questions de souveraineté nationale trouble fête des stratégies industrielles ?

La couronne néerlandaise sur les ailes de KLM, la compagnie royale néerlandaise avant la fusion avec Air France.
La couronne néerlandaise sur les ailes de KLM, la compagnie royale néerlandaise avant la fusion avec Air France. © AFP / TOUSSAINT KLUITERS / ANP / AFP

Avis de turbulence sur Air France KLM. L'Etat néerlandais a acheté des actions pour devenir le deuxième actionnaire du groupe, 14% à la surprise de Paris. Objectif, faire jeu égal avec la France et soutenir le patron néerlandais Pieter Elbers. Rachetée il y a 15 ans, la compagnie néerlandaise entend garder une certaine maîtrise stratégique.  

Ce type de scènes de ménage européenne n'est pas une première dans l'industrie : le mariage mouvementé (qui pourrait d'ailleurs capoter) entre les chantiers navals de saint Nazaire STX et le fabricant italien Fincantieri. François Hollande avait donné sa bénédiction. L'idée étant de créé un Airbus de la construction navale. Volte-face d'Emmanuel Macron à peine élu, il dénonçait une menace extérieure sur fond de crise des migrants. La gestion de Paris et Berlin à la tête d'EADS n'a pas été un long fleuve tranquille dans les années 2000, lorsque les 2 pays dirigeaient ensemble le groupe de Défense. Les retards de livraison de l'A380 ont finalement montré toutes les limites de cette gouvernance bicéphale.

Question de souveraineté 

En cause, l’égo des dirigeants, les conflits entre actionnaires, mais aussi les différences culturelles et économiques : pas facile de concilier l'interventionnisme de l'Etat actionnaire à la française et le rigorisme économique des pays du Nord. Il faut une sacrée dose de bonne volonté. Dans le cas de KLM, il y a aussi une question de souveraineté. La couronne des Pays Bas trône toujours sur les ailes des avions ! KLM est un fleuron national. Paris l'a un peu oublié semble-t-il dans ses projets. Et lorsque des emplois sont en jeu, ça tourne carrément au vinaigre. Par exemple lorsque PSA a racheté l'allemand OPEL. Angela Merkel a vu rouge. La chancelière est même montée au créneau pour défendre les augmentations de salaires côté allemand. Quasiment du jamais vu outre Rhin. Bref difficile de défendre une stratégie industrielle, face à des enjeux nationaux. 

Mariages heureux   

Dans l'espace, les mariages européens sont plus apaisés.  Le GPS européen Galileo est en route vers le milliard d'utilisateurs, après des ratés à ses débuts. Avec 22 satellites, la constellation européenne est quasi complète. Quant à la fusée Ariane 6 le nouveau lanceur européen, il est dans la course au New Space, le Nouvel âge spatial face aux lanceurs Space X du milliardaire américain Elon Musk. Parfois la sérénité vient avec le temps comme dans les vieux couples, on apprend à se connaître : chez EADS, après une longue bataille diplomatique, Paris et Berlin se sont mis d'accord pour qu'il y ait un seul patron a la tête de l'entreprise. 

Airbus de l'Intelligence Artificielle ? 

Souvent houleux dans l'industrie européenne, quand la politique s'en mêle, ces mariages sont fructueux lorsque des investissements lourds sont nécessaires, comme dans l'intelligence artificielle, mais aussi dans les batteries électriques. Certains proposent de fédéraliser la recherche et développement, comme aux Etats unis. En Europe il n’existe pas de budget comparable pour l'innovation. D'autant qu'à l'heure des populismes, l'industrie européenne se repolitise. On le voit avec le TGV Lyon Turin, otage de la coalition italienne. En témoigne aussi la grosse colère franco-allemande après la fusion ratée Alstom siemens. Face à la Commission européenne, toute puissante lorsqu'il s'agit de droit de la concurrence, Paris et Berlin exigent désormais un droit de veto. 

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