Tous les voyants sont-ils au vert outre Manche depuis le Brexit ?

Brexit  et la livre sterling
Brexit et la livre sterling © Maxppp / Jean-Luc Flémal/BELPRESS

Marine Le Pen, candidate du Front National à la présidentielle, affirme que le Royaume Uni a dévalué sa monnaie :

"Qu'a fait la Grande Bretagne pour relancer son économie et ses exportations ? Elle a opéré une dévaluation qui est interdite dans le cadre de la monnaie unique. Après le Brexit, on nous avait annoncé la catastrophe. Or (le RU) a la meilleure croissance possible, une baisse spectaculaire du chômage : tous les voyants sont au vert."

Le Royaume uni a-t-il dévalué la livre depuis le Brexit comme l'affirme Marine Le Pen ?

Faux. Dévaluer, en deux mots, cela veut dire que le gouvernement britannique et la banque d'Angleterre interviennent pour faire baisser le taux de change. Or ce n'est pas ce qui s'est passé. Ce serait même plutôt l'inverse. La Banque d'Angleterre, le 4 août 2016, est intervenue pour soutenir la livre et faire remonter son cours au plus bas. Les investisseurs inquiets des conséquences du Brexit ont effet vendu un maximum de devises britanniques. Ils se sont reportés sur des monnaies réputées plus sûres, comme l'euro, ou le dollar.

En six mois, la livre britannique a perdu 20% face au dollar (8% toutes devises confondues selon l'OFCE). L'effet est un peu le même sur les importations par exemple, mais ce n'est pas stricto sensu une dévaluation.C'est donc un faux pour la présidente du Front National.

Tous les voyants économiques sont ils au vert après le Brexit ?

Marine Le Pen fait preuve d'un peu trop d'optimisme, mais la croissance se porte bien outre Manche c'est vrai. +2% en 2016 (les chiffres définitifs ont été publiés la semaine dernière). 2% : c'est mieux que la croissance en France, mieux encore qu'en Allemagne.

Y a t il eu une baisse spectaculaire du chômage depuis le Brexit ?

Plutôt faux. Le taux de chômage est stable (4,8% - c'est à peu près le même niveau que l'année précédente). En fait le chômage baisse outre Manche depuis 2013, rien à voir avec le Brexit, c'est donc un faux.

Si on résume : le FMI, l'OCDE prédisaient le pire avant le Brexit. Or l'économie britannique ne s'est pas effondrée : il n'y a pas de récession. Si l'inflation augmente à cause de la chute de la livre, la consommation n'a pas chuté (du moins pour l'instant). Les entreprises britanniques continuent d'investir, l'immobilier à Londres n'a pas mis la clé sous la porte. Bref c'est "business as usual", comme si rien ne s'était passé.

Comment ça s'explique ?

Le gouvernement britannique a surtout rassuré les entreprises : le Royaume Uni sera le champion du libre marché mondialisé (pas question de protectionnisme). L'immense majorité des économistes s'attendent cependant à un coup de frein en 2017. mais clairement on ne sait du tout comment les acteurs économiques vont réagir. Le Brexit, c'est du jamais vu. Tout va dépendre du résultat des négociations que Londres va entamer avec l'Union européenne à partir du mois de mars (concrètement : la finance va t elle conserver le passeport financier européen ? quel accès le RU aura t il au Marché unique ?). En attendant, il faut être modeste, expliquent certains économistes : tant que rien n'est décidé, difficile d'être certain.

Le référendum britannique du 23/06/ 2016 : Le saut dans l'inconnu

Sur le site Alternatives Économiques, vous pouvez lire l'article de Catherine Mathieu et Henri Sterdyniak (OFCE) Brexit, le début de la fin de l'Union Européenne

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