Retour sur les "quotas" européens de migrants qui ont fait couler beaucoup d'encre il y a quelques mois, on les appelle des "relocations" . Ecoutez ce qu'en dit l'eurodéputé du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon dimanche dernier lors d'un meeting européen à Paris.

C'est vrai, même si les chiffres de Jean Luc Mélenchon ne sont pas très à jour. L'eurodéputé fait allusion aux objectifs du plan européen, décidé à l'automne dernier. Or cet objectif il est plus élevé : 160 000 migrants et non 120 000. Il s'agit de répartir le flot des migrants dans chaque pays européen, en fonction d'une clé de répartition qui dépend de la taille des pays et de leur santé économique. Ce sont les fameux "quotas" de migrants dont on en a beaucoup parlé. L'idée c'est d'alléger le fardeau qui pèse sur la Grèce, l'Italie ou la Hongrie. Sauf que ça ne marche pas. J'ai vérifié, selon le dernier pointage fait par la Commission Européenne, cette semaine : en six mois, 414 migrants ont été relocalisés dans des pays comme le Luxembourg, l'Espagne ou les Pays-Bas. 414, c'est un peu plus que les 297 migrants dont parle Jean-Luc Mélenchon.

Des réfugiés sur l'île de Lesbos
Des réfugiés sur l'île de Lesbos © Radio France / Omar Ouahmane

400 migrants en six mois, ce n'est vraiment pas énorme, comparé à l'objectif de 160 000. Un écart qui s'explique par deux raisons : à un bout de la chaîne, en Grèce, en Italie, on n'est pas très pressé d'enregistrer les migrants, dans des hot spots, c'est à dire des centres d'enregistrement. Ces deux pays ne veulent surtout pas à avoir à les gérer dans des camps géants à ciel ouvert. Deuxièmement à l'autre bout de la chaine, dans les futurs pays d'accueil, on est plutôt réticents à l'idée de les recevoir. Quant aux migrants, eux non plus n'ont aucune envie d'être envoyé dans des pays où ils ne connaissent personne, car dans le cas des relocalisations, ils n'ont pas le choix du pays d’accueil. Bref tout le monde est d'accord là-dessus, le dispositif ne fonctionne pas. Et Jean-Luc Mélenchon affirme

que c'est la faute des bureaucrates de Bruxelles. En réalité la décision elle a été prise par les ministres européens par un vote à la majorité qualifiée. Les fonctionnaires européens, les "bureaucrates" comme les appelle l'eurodéputé n'ont rien à voir là-dedans. Si la décision n'est pas appliquée, ce n'est pas non plus de leur ressort, puisque ce sont les pays qui doivent accueillir les réfugiés.

Mais une fois de plus, il est plus facile de taper sur Bruxelles, et sur l'Europe, alors que c'est une décision des Etats, des gouvernements élus par les citoyens. Il y a six mois la France a accepté de faire preuve de solidarité, d'accueillir 19 000 réfugiés, mais depuis visiblement ça ne suit pas.

À ce stade, toujours selon les chiffres de la Commission Européenne, seul 62 migrants sont bel et bien arrivés en France.

Et pour les pays qui n'appliquent pas ou qui trainent des pieds, la seule arme juridique dont dispose la Commission européenne, c'est de saisir la Cour de Justice contre les Etats qui n'appliquent pas les décisions . Ça s'appelle une procédure en manquement, mais ça prend deux ou trois ans. Autrement dire que c'est totalement inadapté face à l'urgence de la situation.

> Pour aller plus loin : consultez le registre des "relocalisations" de migrants sur le site de la Commission Européenne

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.