Au menu : des réfugiés en Turquie et une carte bleue européenne

Illustration photo prise le 22 Décembre 2012 à Paris
Illustration photo prise le 22 Décembre 2012 à Paris © AFP / JOEL SAGET

"La Commission européenne envisage de donner des cartes bleues aux migrants en Turquie pour qu'ils aient un pécule. On va donner des cartes bleues avec des comptes en banque, quand on sait le nombre de Français qui sont interdits bancaires compte tenu de la précarisation généralisée en France." Marine Le Pen, présidente du Front National.

La Commission européenne distribue des cartes bleues, des cartes bancaires aux migrants. C'est vrai ou c'est faux ?

Plutôt Faux, car il ne s'agit pas de cartes bancaires, attachées à un compte en banque comme l'affirme l'eurodéputée du Front National. Marine Le Pen établit un parallèle avec les personnes interdites bancaires en France, or ça n'a rien à voir. Il s'agit en fait de cartes électroniques prépayées, un peu comme les cartes téléphoniques prépayées. Le pécule que peuvent toucher les migrants s'élève royalement à 30 euros par mois pour une personne seule (c'est à dire environ 10 fois moins que le SMIC turc). Ces cartes électroniques ne sont pas distribuées par la Commission européenne, mais par le Programme Alimentaire Mondial et par le Croissant Rouge en Turquie. Cela fait partie du vaste plan de 6 milliards d'euros donnés par l'Union européenne à la Turquie, en échange de quoi Ankara s'est engagé à empêcher les migrants de partir vers l'Europe.

A quoi servent ces cartes électroniques, si ce ne sont pas des cartes bancaires ?

L'objectif est d'offrir aux migrants de quoi répondre aux besoins de base : santé, logement, nourriture, voire d'inciter les familles à scolariser leurs enfants. Ces cartes permettent de retirer de l'argent liquide au distributeur des banques ou de payer dans les commerces. En Turquie, la grande majorité des migrants syriens vivent en dehors des camps de réfugiés, dans des villes, où rien n'est fait pour les accueillir. C'est précisément parce qu'ils n'ont pas accès à un compte en banque, que cette solution des cartes prépayées a tendance à se développer. En effet, il est impossible pour les ONG de verser une aide ou une allocation sur un compte. Du coup elles ont recours à ces cartes de retrait pour éviter d'avoir à gérer des sommes en liquide.

De telles cartes prépayées existent-elles aussi en France ?

Oui, depuis un an, elles servent à verser l'allocation pour les demandeurs d'asile (APA). Mais les associations humanitaires sont unanimes à en dénoncer les difficultés d'accès. Pour activer ces cartes électroniques, il faut un délai de 45 jours au minimum quand tout va bien. Selon elles, le "mode de fonctionnement kafkaïen", vu les retards de paiement (certains migrants n'ont aucun versement pendant 8 mois), le code de la carte est envoyé par SMS, en cas d'erreur ou si ça ne marche pas les demandeurs d'asile doivent appeler un numéro payant. Les travailleurs sociaux se disent catastrophés. Des associations comme la FNARS ou le Secours catholiques ont publiquement donné l'alerte. Bref, ce n'est pas la panacée, quoi qu'en dise Marine Le Pen.

En résumé : La présidente du Front National a raison de dire qu'il existe des cartes électroniques de paiement financées par l'Union européenne pour les réfugiés en Turquie, mais, contrairement à ce qu'elle affirme, il ne s'agit pas de carte bancaire ou de carte de crédit. C'est donc plutôt un faux pour Marine Le Pen.

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