Surprise de ce scrutin européen, des jeunes plus mobilisés que d'habitude. 4 sur 10 sont allés voter en France.

Manifestation des jeunes pour le climat à la veille de l'élection européenne à Paris en mai 2019
Manifestation des jeunes pour le climat à la veille de l'élection européenne à Paris en mai 2019 © AFP / SEVERINE CARREAU / HANS LUCAS

D'habitude les jeunes ont plutôt tendance à bouder les européennes.  C’est une catégorie invisible, dans une Europe qui vieillit : un quart des européens a moins de 25 ans, alors que 40% ont plus de 50 ans. Têtes de liste inconnues, scrutin compliqué, campagne éclair, ils sont d'habitude peu mobilisés. Or cette fois, 4 jeunes sur 10 sont allés voter en France.  C’est environ 15 points de plus qu'il y a cinq ans. Sur les résultats des élections européennes du 26 mai 2019 dans les 28 Etats membres, aller voir le site de RFI.   

Phénomène générationnel ou pas ? 

Pas sûr cependant qu'il s'agisse d'un véritable phénomène générationnel, en tout cas en France. Le politologue du Cevipof Bruno Cautrès relativise : "les jeunes votent toujours moins que leurs aînés". Dix points de moins en 2019, c'est à peu de chose près le même écart que celui observé lors des derniers scrutins européens de 2009 et 2014. Neuf pays ont battu tous les records de participation (pays de l'est, le Danemark et la Suède). La participation double en Pologne et en Slovaquie. Mais il est difficile à ce stade d'en tirer des conclusions sur l'implication des jeunes.  D'autant qu'en Pologne, la participation recule, tout comme aux Pays Bas, selon l'historien Christophe De Voogd. 

Deux jeunesses en Europe 

L'une au nord de l'Europe vote pour le climat ou pour les partis libéraux. Ainsi en Allemagne où l'urgence climatique est ressentie très fortement  : un tiers des moins de 30 ans a voté pour les Grünen, les Verts allemands. Selon un sondage Yougov d'avant élections, 51 % des électeurs allemands de 18-24 ans considèrent la protection climatique comme un thème prioritaire. C'est deux fois plus qu’en Italie, en Suède ou en Espagne. En Suède, les jeunes ont surtout voté conservateurs et socialistes. Il n'y a pas eu d'effet Greta Thurnberg devenue une icone de la lutte climatique. La mobilisation climatique ne s'est pas traduit dans les urnes, car les Verts suédois sont en reculs :  ils perdent 2 députés sur 4 au Parlement européen. Nul n'est prophète en son pays   

La seconde jeunesse, dans les pays du Sud, se focalisent sur les questions sociales ou le chômage. Elle vote extrême gauche ou  extrême droite. Il faut rappeler qu'en Espagne, en Italie, en Grèce et à l’Est, les partis écologistes sont quasi inexistants. Dimanche dernier en Italie, la Ligue, parti d'extrême droite du premier ministre Matteo Salvini a vu son score augmenter fortement, y compris chez les jeunes. A l'inverse le Mouvement 5 étoiles recule chez les moins de 25 ans selon une étude du think tank European Council on foreign relations. En Belgique, dans la partie flamande, on met en avant le vote des jeunes pour les populistes du Vlaams Belang. A l'est du continent : le Jobbik hongrois d'extrême droite compte deux fois plus de supporteurs chez les jeunes.  En Pologne, ils ont voté pour le Parti au pouvoir Droit et justice (Pis) et pour l'ultra droite. En revanche, en Espagne, l'extrême gauche de Podemos perd des voix chez les jeunes au profit du PSOE, le parti socialiste du Premier ministre Pedro Sanchez qui envoie 20 députés à Strasbourg. 

Erasmus + pour les moins favorisés ? 

On observe une fracture dans la plupart des pays entre une jeunesse diplômée et une jeunesse précaire, en CDD, interim et peu diplômée qui votent très à droite ou très à gauche. Il faut se questionner sur ce que fait l'Europe pour les moins diplômés, ces derniers ont du mal à profiter des opportunités qu'offrent l'Union européenne. Ouvrir le nouvel Erasmus + aux moins favorisés, c'est d'ailleurs l'un des objectifs de la future Commission européennes. 

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