Depuis la crise économique de 2008, beaucoup de pays européens ont lancé des réformes. Avec quels effets ? Le décryptage de Delphine Simon

La réforme du travail fait-elle vraiment baisser la courbe du chômage ?... et si oui, à quel prix ?
La réforme du travail fait-elle vraiment baisser la courbe du chômage ?... et si oui, à quel prix ? © Getty / Gustav Dejert

Pierre Moscovici

Tous les pays qui ont réformé leur marché du travail voient le chômage baisser. Pas toujours la qualité du travail augmenter mais le chômage baisser. C'est le risque des réformes du marché du travail qui ne sont pas des réformes équilibrées.

"Réformer le marché du travail fait baisser le chômage" dit Pierre Moscovici. C'est vrai ou c'est faux ?

Alors ce qui est vrai c'est que beaucoup de pays en Europe ont réformé leur marché du travail depuis la crise de 2008. Le Portugal, l’Irlande, les Pays Bas...

Le mouvement est engagé dès les années 2003 en Allemagne, homme malade de l'Europe à l'époque, avec les réformes du social-démocrate Gerhard Schroeder

En Italie, le gros des réformes date de 2015 c'est le Job acte de Mateo Renzi, il offre aux entreprises des assouplissements des contrats courts, et des facilités pour licencier.

En Espagne ces réformes datent de 2012 avec assouplissement des conditions de licenciements, mais aussi pour les entreprises en difficulté la possibilité de baisser les salaires et de changer le temps de travail.

Ça a vraiment fait baisser le chômage ?

Partout en Europe, le chômage baisse.

C'est une réalité : au Royaume-Uni il a reculé de 3 points et demi en six ans.

En Allemagne, 12 ans après les réformes Hart / Schroeder le taux de chômage est de 3,8%. C’est quasiment le plus bas d'Europe

En Italie comme en Espagne, le chômage est très élevé, mais depuis les réformes engagées c’est vrai qu’il est un peu retombé.

En Italie le nombre de chômeur est passé de 13 à 11,3%

Idem en Espagne depuis les réformes de Mariano Rajoy ; on est passé 26% à 17% de chômeurs,

Une forte baisse, mais le chômage espagnol reste très élevé (c'est le deuxième en Europe).

Peut-on vraiment lier la baisse du chômage à ces réformes ?

Là c'est assez hasardeux

D’abord parce que la croissance est repartie à la hausse pour tout le monde.

3% cette année en Espagne. Du coup les créations d'emploi s'expliquent plutôt par un rattrapage de l'économie après la crise et la récession.

Il y a le cas de l'Italie, ou les embauches sont surtout dues à des incitations fiscales.

Pas de miracle donc lié à ces réformes.

Enfin il y a un facteur démographique... En Allemagne où le taux de fécondité est très bas, le marché du travail absorbe plus facilement les jeunes qui arrivent. Pour les économistes, il est très difficile de relier performance du marché du travail et chômage. C’est donc ni vrai ni faux...

Pierre Moscovici dit enfin que la qualité du travail n'augmente pas ?

Dans les pays où le chômage baisse, on va vers plus de précarité.

En Espagne la plupart des emplois créés sont des emplois précaires.

En Italie, le chômage des jeunes ne baisse pas

En Allemagne, 9 millions de personnes ont des mini jobs payés 450 euros par mois,

Aux Pays Bas, les temps partiels explosent.

Enfin au Royaume-Uni les contrats zéro heure se portent bien... ces contrats sans durée minimum de travail et sans indication d'horaire. Il y a quand même des exceptions ! Les pays scandinaves ont réussi à faire ces réformes sans augmenter le niveau de pauvreté... rappelle les économistes de l'OFCE. Mais ça c'est aussi grâce à un niveau élevé de cotisations sociales et de prélèvements obligatoires.

Autrement, pas de secret : la protection des travailleurs a un prix.

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