Pour Marine Le Pen (FN), les migrants récemment arrivés en France prendraient la place des SDF dans les structures d'accueil. Vrai ou faux ?

Au centre d'accueil de Tregey
Au centre d'accueil de Tregey © Maxppp / Bonnaud Guillaume

Marine Le Pen fait la différence entre "migrants" et "sans abris". Or, parmi les sans-abris ou les SDF dans notre pays, il y a des "migrants" c'est à dire des personnes venues en France pour demander asile. Pour Jean-Marc Roffat, présidant de l'association lyonnaise “Donner la main”, 80% des sans-abris qu'il voit sont aujourd'hui des étrangers et 20% sont des Français.

Pour Florent Gueguen, délégué général de la fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (FNARS) 40% des personnes qui appellent le numéro d'urgence 115 sont des étrangers extra-communautaires. L'opposition entre "migrants" et "SDF" ne tient pas... sauf à considérer que les SDF français doivent être prioritaires sur les SDF étrangers.

Or, cela n'est pas possible. Emmanuelle Cosse, ministre du Logement, l'a rappelé lundi dernier lors de l'inauguration d'un centre d'accueil pour migrants à Ivry-sur-Seine dans le Val-de-Marne. Selon le code de l'action sociale et des familles, il faut mettre à l'abri toute personne en état de détresse sans distinction, et il est impossible de faire une sélection entre ceux qui sont dans le besoin.

En outre, l'arrivée de migrants en France n'a pas provoqué de saturation des centres d'urgence. Florent Gueguen de la FNARS nous explique pourquoi il y a embouteillage dans ces centres : parmi les facteurs, il y a la crise économique et l'augmentation de la pauvreté en France... il y a aussi le coût du logement dans les grandes villes où les expulsions locatives augmentent de 10% chaque année.

Quant à la crise migratoire, "il ne faut pas la nier" explique Florent Gueguen, mais le vrai problème, renchérit le président du Samu social à Paris, c'est "l'après" centre d'accueil. La France subit un manque chronique de logements. Le souci n'est donc pas l'entrée dans les centres d'urgence, c'est plutôt la sortie.

L'arrivée de migrants en France n'a donc pas provoqué à elle seule la tension actuelle. Elle y a contribué comme d'autres phénomènes. Marine Le Pen préfère ainsi simplifier le débat. A propos, en attendant son projet pour 2017, nous avons regardé son programme de 2012 toujours en ligne sur internet : il n'y avait pas une ligne, pas un mot sur les sans-abris... A croire que les SDF sont devenus soudainement beaucoup plus intéressants pour elle.

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