"La suppression de l'aide médicale d’État va permettre une économie d'un milliard d'euros" : voilà ce qu'a affirmé cette semaine Bruno Retailleau. Vrai ou faux ?

 Pour certains professionnels de santé, la suppression de l'AME, en dissuadant les migrants d'avoir accès aux soins, exposera la population à des pathologies graves comme le choléra, la rage ou le typhus.
Pour certains professionnels de santé, la suppression de l'AME, en dissuadant les migrants d'avoir accès aux soins, exposera la population à des pathologies graves comme le choléra, la rage ou le typhus. © Getty / Portra Images

Le patron des sénateurs Les Républicains, et proche de François Fillon, Bruno Retailleau, a donc promis une économie d'un milliard d'euro en supprimant l'AME. Alors, rien de nouveau sous le soleil, l'AME, c'est depuis longtemps l'une des cibles préférées de la droite et de l'extrême droite. Pour François Fillon, comme pour Marine Le Pen, cette aide est un véritable gouffre financier, qui crée un appel d'air pour les migrants.

Les migrants sont en effet les bénéficiaires de cette aide

L'AME, c'est un dispositif créé en 2000, qui permet, sous certaines conditions, aux étrangers sans papiers d'accéder aux soins. C'est une aide financée par l’État, et qui coûte, c'est vrai, de plus en plus cher chaque année, comme on peut le lire dans les rapports datés de 2010 de l'inspection des finances et de l'inspection générale des affaires sociales.

Mais est-ce que supprimer cette aide ferait économiser de l'argent à l’État ?

Bien au contraire, parce qu'en France, que vous arriviez à l'hôpital avec ou sans papiers, vous êtes forcément pris en charge et soigné, c'est une obligation déontologique inscrite dans le Serment d'Hippocrate.

Une fois que le patient est soigné, l'hôpital envoie sa facture à la Sécurité sociale ou autre Assurance maladie. Si le patient n'est pas couvert, c'est lui qui doit payer, et s'il n'est pas solvable, vient alors une suite de démarches administratives qui coûtent très cher. Et d'une manière ou d'une autre, souligne Pierre-Yves Geoffard, professeur à l'école d'économie de Paris, l'hôpital se fera rembourser par les patients solvables ou par l’État ou par la Sécurité sociale.

Bref, avec ou sans AME, la collectivité finit toujours par payer. Seule différence, c'est qu'avec cette aide médicale d’État, il y a beaucoup moins de démarches administratives, donc beaucoup moins de frais. Résultat : les hôpitaux font des économies.

Restreindre l'accès à l'AME, c'est aussi prendre le risque que les patients tardent à se faire prendre en charge

Et qu'ils aient besoin de soins encore plus chers, endettant encore davantage les hôpitaux. Et c'est sans compter le risque sanitaire.

Pour certains professionnels de santé, la suppression de l'AME, en dissuadant les migrants d'avoir accès aux soins, exposera la population à des pathologies graves comme le choléra, la rage ou le typhus.

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