Suite de notre série sur la deuxième vie du patrimoine. Après l’île de Cézembre, une friche industrielle près de Poitiers. Une ancienne filature est devenue un espace de production

A 15 km de Poitiers, ce lieu unique, une ancienne filature de chanvre, a été laissé à l’abandon pendant plus de 30 ans
A 15 km de Poitiers, ce lieu unique, une ancienne filature de chanvre, a été laissé à l’abandon pendant plus de 30 ans © Les usines nouvelles

A Ligugé près de Poitiers, quatre trentenaires ont acheté il y a cinq ans une ancienne filature. Deux hectares et 1500 mètres carrés de bâtiments abandonnés en 1976 et voués à la destruction. Aujourd'hui c'est un nouvel espace de production baptisé "Les Usines Nouvelles" ouvert à ce qui souhaitent s'y installer. Seule obligation : produire, mais dans des domaines qui touchent à la fois à la culture, l’artisanat, le numérique, la défense de environnement. Il y a même une micro brasserie. Le dernier espace ouvert est un fab lab où l’impression 3D est reine.

Denis Meunier est l'un des quatre propriétaires de ce lieu singulier. Ici, on tissait du chanvre pour en faire du linge, des voiles et des cordes et même des amarres de bateau. il nous fait visiter : "Nous sommes sur la place centrale de l’usine, le centre névralgique, avec la grande cheminée d’usine qui évacuait les fumées des chaudières qui produisaient la vapeur qui permettait d’entrainer les métiers à tisser et à faire la corde. Il faut imaginer au centre de la place un immense tas de charbon et 400 ouvriers qui s’affairaient".

La cheminée de la filature est restée en place
La cheminée de la filature est restée en place © Aucun(e)

Ce lieu unique a été laissé à l’abandon pendant plus de 30 ans. Lorsque l'usine a été rachetée, la nature avait repris ses droits. Les bâtiments étaient en très mauvais état et dans ce qui fut une mini ville (l’usine avait des rues et offrait à ses salariés des services dans un mode de gestion assez paternaliste avec par exemple des jardins ouvriers), on ne voyait plus qu'une végétation envahissante raconte Denis Meunier : "quand nous arrivés en 2010, il y avait des arbres partout, une vraie jungle. Une espèce de Pompéi industriel avec une inspiration très forte que nous voulions absolument préserver".

Six ans plus tard, un par un, les bâtiments retrouvent un usage

La réhabilitation se fait petit à petit, à moindre frais car sans aides publiques et dans un esprit d’aide, de travail collectif. Ici, des ateliers d'artisan, une ébéniste, une micro brasserie. Là les bureaux d'une association de recyclage. Le quatuor avait pour contrainte de conserver la vocation d'origine du lieu : produire.

Même si le classement en patrimoine industriel donne potentiellement droit à des subventions pour la restauration, on ne peut pas dire qu'elles coulent à flot. D'où une économie de moyens. Cyril Chesse, ancien ingénieur du son explique le fonctionnement particulier du lieu : "on a une économie assez modeste au vu des ambitions du projet. Nous sommes attentifs aux vieux matériaux, aux éléments qui peuvent avoir encore une fonction, une valeur. Attentifs à ce qu’on nous donne, mais aussi un sens de l’esthétique, des choses assez jolies qui correspondent à ce qu’était l’industrie à une époque. Le nouveau Fab Lab* – financé en partie par la Région - a été entièrement auto-construit, ce qui nous a permis de réduire le coût de construction par trois"

Apprivoiser une friche industrielle, c'est n'est pas sans contrainte : il faut garder l'architecture extérieure, la hauteur de plafond, la turbine hydro-électrique, vestige de la révolution industrielle quand l'électricité a remplacé la roue à aube.

La vocation des "Usines nouvelles", c'est d'accueillir des entrepreneurs qui privilégient les liens, la création, comme l'explique l'une des propriétaires, Christine Graval : "Ils viennent ici et pas ailleurs grâce à l’atypisme du lieu qui fait que pour un certain type d’activité, ce lieu représente plus un lieu de possible et d’inspiration. Et puis il y a le coté collectif et convivial que je trouve innovant et qu’on a un peu perdu dans le quotidien du travail."

Ce coté collectif est un vrai plus pour Olivier Monteil, ferronnier : "l’intérêt de me retrouver ici c’est d’être avec du monde au tour, d’autres artisans avec lesquels on a de vrais échanges de savoir-faire, de compétence et de partage de travail. Par exemple pour la brasserie j’ai fait leur hélice en inox alimentaire, une des cuves et des châssis. Je travaille aussi, par exemple, avec l’ébéniste, tout le monde est à proximité, les personnes compétentes sont là et c’est donnant donnant tout le temps."

Le dernier atelier, inauguré en juin est un Fab lab*, un espace entièrement tourné vers les nouvelles façons de produire par impression 3D notamment.

Christine Graval : "Tout le monde considérait que ce lieu était détruit et inintéressant et n’a plus de vie possible et c’est cet aspect-là qui nous a posé un potentiel. Tout était possible ici."

Les bâtiments ont été réhabilités
Les bâtiments ont été réhabilités © Aucun(e)

* Un fab lab (contraction de l'anglais fabrication laboratory, "laboratoire de fabrication") est un lieu communautaire qui met à disposition des développeurs des solutions libres et open source et des machines pour la conception et la réalisation d'objets.

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