Soigner autrement, c'est aussi recevoir et aller vers des populations qui ont peu ou pas accès aux soins. Ici, en France, dans les quartiers Nord de Marseille.

Soigner autrement c'est de se déplacer là où l'offre de soins est faible comme le 3e arrondissement de Marseille
Soigner autrement c'est de se déplacer là où l'offre de soins est faible comme le 3e arrondissement de Marseille © Maxppp / IP3 / Clement Mahoudeau

"Dans les quartiers nord de Marseille on à un ratio de 84 médecins spécialistes pour 5 000 habitants alors que dans le 8e arrondissement, quartier sud de Marseille, on a un ratio de 543 médecins. L'offre de soins est faible. 

Le 3e arrondissement de Marseille fait partie des quartiers urbain les plus pauvres d'Europe.

"On pourrait même dire que c'est discriminant vis-à-vis des patients."  

C'est Nicolas Gaucher qui explique ces différences constatées dans sa ville. Infirmier, il travaille à l'espace santé Assistance publique hôpitaux de Marseille, créé par le Dr Gallinier dans le 14e arrondissement, un des arrondissements où habitent les plus démunis, au milieu d'un carrefour sans âme.

Le lieu est chaleureux. La première mission c'est recevoir. Dans un espace coloré, cette maman comorienne s'inquiété de la faible croissance de son petit garçon, elle est reçue par Mathilde Cambon, la diététicienne : "Ce qu'on va vérifier c'est sa taille et son poids. Il y a une courbe qui existe pour les enfants, elle est dans le carnet de santé. S'il n'est pas dans la courbe, on va peut-être un peu s'inquiéter. S'il est dans la courbe, il prend juste son temps. Vous savez, les enfants ils ne grandissent pas forcément tous de la même manière."

"Tu viens de mesurer avec moi maintenant ? Tu fais 92 centimètres."

La deuxième mission c'est aller "vers"...

Une équipe mobile se déplace dans les centres sociaux. Ce matin là, quelques mamans sont autour de Mathilde et Valentine Bouchard, infirmières. Au menu : un problème qu'elles aussi rencontrent avec leurs enfants : l'addiction aux écrans et les répercussions sur le poids.

"Ils sont fatigués le matin, j'ai un petit neveu qui reste bloqué, la bouche ouverte. Pour le développement du cerveau et tout ce n'est pas bon. Il y a des moments où je dis non. J'arrête le téléphone, j'arrête les télés, j'éteins tout ce qui est écran. Je pique ma crise quoi". "C'est un peu comme une forme d'hypnose. C'est l'écran qui commande." 

"Le cerveau est concentré sur l'écran et pas sur l'estomac et vous avez un effet de satiété ce qui arrive au bout de 20 minutes après qu'on a commencé à manger. Or là, vu que les enfants n'ont pas conscience de ce qu'ils mangent, ils vont manger plus."

Une maman se désole car sa fille refuse de manger si elle n'est pas devant la télévision. L'infirmière la guide et lui explique ce qu'elle pourrait dire : "Moi je suis ta maman et mon rôle c'est de faire en sorte que tu grandisses en bonne santé. Tu vas manger plus et puis tu peux être en surpoids, donc on va arrêter de mettre la télé pendant que tu manges et je vais t'aider à faire en sorte qu'on passe un bon moment pendant le repas et qu'on s'amuse ensemble. Il y aura peut-être un moment où elle fera faire une crise explique-t-elle à la maman mais c'est là où il va falloir que vous soyez forte et que vous passiez au-delà de cette frustration. Il faut passer ce cap."

L'espace santé se déplace aussi vers les jeunes 

Décrocheurs, en manque de repères, beaucoup se retrouvent à l'EPID un centre d'insertion par le travail. Aujourd'hui on parle Sida : 

"C'est mal vu, on va dire…"

"Il n'y a pas que les homosexuels mais voilà il y en a souvent les trois quarts..." 

"Apparemment c'est incurable. On peut soigner mais on en meurt. Les gens ils ont peur."   

"Il y en a ils ont plus peur du sida que d'Ébola." 

"Il suffit juste d'un saignement ou d'un échange salivaire…"

Après les explications et la correction des fausses croyances, c'est Fatima Hassani médiatrice santé qui se charge de la démonstration.

"Ça c'est le préservatif masculin, on pince le réservoir pour faire partir l'air. Est-ce que tout le monde a compris comment on le met ?"

Grâce à cette équipe, les patients se rendent moins aux urgences, ce qui désengorge l'hôpital, et bien qu'habitant dans les quartiers Nord, ils se sentent un peu moins exclus. 

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