Dans les textiles, le dentifrice, le café soluble, les peintures, les pneus, les nanomatériaux sont partout. Entre 2006 et 2011, le nombre de produits contenant des nanoparticules a été multiplié par cinq. Il y en aurait près de 2000 sur le marché aujourd’hui. Problème : on en ignore les effets...

Les nanos sont partout

La cosmétique et l’alimentation sont aussi concernées précise Mathilde Detcheverry , chargée de veille à l’associationAvicenn :

On a beaucoup parlé du nano dioxyde de titane dans les crèmes solaires, utilisés par les fabricants pour avoir une meilleure efficacité anti-UV et aussi rendre les crèmes plus transparentes. On en trouve aussi dans les produits alimentaires comme les bonbons enrobés type M&Ms. Dans les appareils électroménagers, on trouve des réfrigérateurs avec des parois au revêtement de nano-argent utilisé pour ses propriétés antibactériennes

Dangereux ou inoffensifs ?

Nanotubes de carbone
Nanotubes de carbone © Guillaume Bonnaud/MaxPPP

A l’échelle de l’infiniment petit, quelques milliardièmes de mètres, les particules de carbone, de titane ou d’argent ont des propriétés extraordinaires. Ils donnent aux produits finis de la légèreté, de la robustesse, de la transparence, de l’efficacité. Sont-ils tous inoffensifs ? Les études ne tranchent pas car il est impossible de généraliser insiste Laure Sabatier , toxicoloque au CEA :

On ne peut pas parler des nanoparticules et dire : « Elles sont toutes toxiques ». On va avoir quelque chose de différent pour chaque type et chaque forme de nanoparticules. Dans le cas du carbone, les nanoparticules de carbone sous forme de nanodiamants ne sont absolument pas toxiques. En revanche, les nanotubes de carbone avec des atomes de carbone sous forme de tubes et de petites aiguilles ont une toxicité plus grande.

Protéger les consommateurs et les salariés

Pour ces formes les plus inquiétantes, certains, comme Gérald Hayotte , chargé du dossier à la CFDT réclament le principe de précaution, notamment pour préserver les travailleurs qui manipulent ces poudres :

C’est la vraie histoire de l’infiniment petit : ça ne se voit pas, c’est insidieux, et si quelque chose se déclare, ce n’est pas un bras en moins avec une grande flaque de sang, c’est un cancer à vingt ans, donc ça fait pas réagir à la même vitesse. Ce qu’on attend nous c’est une volonté politique autour d’un dossier comme celui-là car on a une histoire suffisamment forte autour de l’amiante, de la céruse, pour ne pas jouer avec le feu.

Pourtant la France avait été pionnière en instaurant en 2013 unregistre de déclaration . Au-delà du kilo, les industriels doivent signaler ce qu’ils fabriquent, importent ou mettent sur le marché. Mais tout n’y figure pas. Notamment le nano-argent. Utilisé dans des textiles pour ses propriétés anti bactériennes, on le trouve à l’hôpital mais aussi dans des vêtements de sport. Dominique Gombert , directeur de l'évaluation des risques à l’ANSES, l’Agence nationale de sécurité sanitaire :

Dominique Gombert
Dominique Gombert © Sophie Bécherel/RF

On sait que le nano-argent comme les autres nanos passe facilement les barrières physiologiques, il s’accumule dans un certain nombre d’organes cibles et peut présenter un certain nombre de dangers. En revanche on ne peut pas conclure définitivement sur le niveau de risque. La recommandation faite par l’ANSES sur ce sujet-là est donc de réserver les utilisations du nano-argent aux applications pour lesquelles il y a un véritable enjeu de santé publique. Mettre du nano-argent dans des pansements dans des draps pour grands brûlés, d’accord. Mais en mettre dans des chaussettes c’est beaucoup plus discutable dans la mesure où au bout du dixième lavage, les nano-argent auront fini dans la lessiveuse, dans la station d’épuration puis dans la rivière avec les effets qu’on peut imaginer.

Le mutisme des pouvoirs publics

Trier l’utile du superflu ce ne serait pas difficile. Pourtant les pouvoirs publics restent muets. Certes pour les cosmétiques et l’alimentation, un étiquetage existe mais est-ce satisfaisant ? Non selon Monique Goyens directrice du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) :

Le consommateur va devoir dorénavant décider s’il prend le risque ou non d’exposer sa propre vie ou celle de sa famille à des nanoparticules. Mais il n'a pas les moyens de prendre cette décision puisqu'il ne sait pas quelles sont les conséquences de l’absorption de ces produits ou de la mise en contact de ces produits avec sa peau par exemple.

Sur ce dossier complexe aux enjeux sociétaux et éthiques majeurs, les pouvoirs publics sont étonnamment silencieux, et comme gênés de définir une stratégie, pour Dorothée Benoit-Browaeys, coordinatrice du forum NanoResp :

Dorothée Benoit Browaeys
Dorothée Benoit Browaeys © Sophie Bécherel/RF

Les nanos sont devenus la patate chaude pour les ministères. Il n’y a plus de visibilité de personnes responsables de ces sujets-là sur place. C’est assez impressionnant. Certains pourraient dire que les nanos sont partout et qu'on a pas besoin de les caractériser. Alors là c’est très grave car ça signifie qu’on n’a pas de traçabilité. Certes on a celle de la déclaration obligatoire que fait l’ANSES, mais qu’en est-il pour le grand public ? Je rappelle que dans le cadre du Grenelle de l’environnement, la demande avait été d'avoir une traçabilité pour que le grand public puisse savoir ce qu’il y a dans les produits de grande consommation

A ce jour, aucune nouvelle de ce site d’information grand public.

►►► L'enquête de Sophie Bécherel à écouter ce vendredi 1er avril 2016 dans Secrets d'Info

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