Il y a un an, un mal inconnu frappait Wuhan. Une pandémie, en réalité, qui a finalement touché la planète entière. En Chine, l'heure est désormais à la vaccination de masse : 1 million de personnes ont déjà reçu les traitements encore expérimentaux de Sinovac et Sinopharm dans le cadre d'une "utilisation d’urgence".

Devant un site de Sinopharm, en grande banlieue de Pékin, ils sont nombreux à braver le froid matinal pour venir tester un vaccin anti-Covid-19.
Devant un site de Sinopharm, en grande banlieue de Pékin, ils sont nombreux à braver le froid matinal pour venir tester un vaccin anti-Covid-19. © Radio France / Dominique André

Il est 8 heures du matin, par un bon moins 3 degrés au thermomètre, dans la grande banlieue sud est de Pékin. Une centaine de personnes, surtout des hommes, patientent déjà devant l’un des bâtiments de Sinopharm. Et ce n'est pas un hasard : le groupe pharmaceutique chinois teste deux vaccins anti-Covid-19, déjà en phase III.

C'est l'étape finale, celle qui doit permettre d'évaluer l'efficacité du médicament, avant son éventuelle mise sur le marché. 

Un homme d’une trentaine d’années scanne son QR code de suivi, le gardien vérifie son identité. C'est son entreprise qui l’envoie, avant que le salarié ne parte sur un chantier des "routes de la soie", ce vaste réseau de voies commerciales voulu par Xi Jinping.   L’homme, qui ne veut pas donner son nom, explique :

"Je vais en Indonésie, où mon entreprise est en contrat avec une mine de nickel. Comme la pandémie à l'étranger est grave, on nous a demandé de revenir en Chine nous faire vacciner. Après, on pourra repartir. On nous dit que c'est obligatoire pour travailler à l'étranger. Aujourd’hui, c'est la première injection ; ensuite, j'en aurai une deuxième."

"Le vaccin nous protègera, nous et la société."  

Des volontaires "essentiels"

Qui est éligible à ces vaccins expérimentaux en urgence ? Des personnes jugées essentielles, précise Zheng Zhongwei, directeur au centre de prévention et de contrôle des maladies : des ouvriers des grandes entreprises d'État, des diplomates qui quittent le pays, comme ceux qui ont accompagné Wang Yi, le ministre des Affaires étrangères, lors de sa tournée en Europe en août, des employés des secteurs sensibles, comme les ports, les hôpitaux, les aéroports, et des directeurs d'écoles.

Signe de l'affluence devant le site de test de Sinopharm, les vendeurs de rue sont déjà là.
Signe de l'affluence devant le site de test de Sinopharm, les vendeurs de rue sont déjà là. © Radio France / Dominique André

Aller vite, c'est fondamental, mais cela ne se fait pas sans précautions, insiste Zheng Zhongwei :

"L’autorisation d’utilisation d’urgence pour un nouveau vaccin est une mesure absolument nécessaire. La décision d’approuver cette mesure a été prise après de multiples débats et une évaluation qui respectent la règlementation de l’Organisation mondiale de la santé."

Être vacciné sans que le traitement soit homologué ne pose pas de problème à ce technicien d’une quarantaine d’années, prêt à partir pour la Serbie. Il ne sait d'ailleurs pas quelle formule il a reçue, parmi les médicaments éligibles depuis juillet à l'utilisation d’urgence. 

"Les vaccins chinois sont sûrs. J’ai déjà fait la première injection, et tout va bien. Avant moi, beaucoup de mes collègues ont été vaccinés. Personne n'a eu d’effets secondaires. Et personne n’a attrapé le Covid-19 à l’étranger."

"Selon les données officielles, le vaccin nous protègera de 1 an à 3 ans".

Le programme d’urgence est ouvert aussi à ceux qui le souhaitent. Premier arrivé, premier servi ! 50 euros les deux doses. Il faut s’inscrire sur le réseau social Wechat.

Candidatures ouvertes

C'est ce qu’a fait Xiaoming, 22 ans. Début janvier, l'étudiant, qui vit près de Shanghai, partira apprendre le français à l’université de Montpellier. Il est candidat à la vaccination sur l’un des sites de la province du Zhejiang, sur la côte est de la Chine.

"Je ne veux pas abandonner mon rêve de faire des études à l'étranger. Je me prépare à partir depuis longtemps. C'est donc moi qui ai décidé d'être vacciné."

Comme la plupart des volontaires, Xiaoming est confiant. "Le vaccin de Sinovac est sûr.  Il va me protéger." Même si la durée d'immunité reste, reconnaît-il, difficile à évaluer. Mais une chose est sûre : "Une fois que je serai vacciné, mes parents ne s’inquièteront à l'idée de me voir partir."

Sinopharm a déjà deux traitements en phase III, la dernière étape des essais cliniques avant une éventuelle commercialisation.
Sinopharm a déjà deux traitements en phase III, la dernière étape des essais cliniques avant une éventuelle commercialisation. © Radio France / Dominique André

Reste que la méthode n'est pas orthodoxe. Théoriquement, la phase III des essais cliniques d'un traitement dure plusieurs années, le temps de mesurer les effets de long terme sur la santé des patients. Mais ici comme ailleurs dans le monde, tout va très vite.

"Il faut que les Chinois soient sûrs de leur coup pour vacciner comme ils le font", confie un médecin occidental à Pékin. Sinopharm affirme que seuls quelques individus ont présenté des réactions imprévues, légères, après la vaccination. Pas suffisamment, estime le groupe, pour retarder sa demande de commercialisation.

Dans la compétition effrénée pour le vaccin contre le coronavirus, la Chine veut être en tête.

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