Un reportage signé Sébastien Laugénie Près de 3 semaines après la chute de Ben Ali et en pleine révolte égyptienne, décryptons quels rôles jouent les nouvelles technologies dans ces soulèvements politiques. Assiste-t-on à des révolutions "numériques"? Il est clair qu'il s'agit d'abord de mouvements populaires, réels, qui se passent dans la rue, et pas derrière un écran d'ordinateur. Pour autant, sans Internet, rien de tout cela n'aurait été possible. Prenons d'abord l'exemple de la Tunisie. L'Etat le plus connecté des pays africains (3,6 millions d'internautes sur une population de 11 millions d'habitants), avec une culture de la cyberdissidence très ancienne, des bloggeurs particulièrement actifs. Parmi ces blogueurs qui ont suivi et amplifié le mouvement depuis la France, la jeune Amira Yahyaoui, activiste. On a beaucoup parlé de Facebook, qui permet de partager des opinions, des infos, des videos, on a moins parlé d'un autre réseau social, Twitter, beaucoup moins connu. Twitter, c'est un peu comme envoyer un SMS : très court, 140 caractères maximum, mais c'est l'envoyer au monde entier. Et en Tunisie, il a beaucoup été utilisé comme service d'urgence face aux milices, c'est ce qu'a pu constaté Fabrice Epelboin, du blog Read-Write-Web. Interview de Fabrice Epelboin On le voit, l'internet est donc un outil d'une grande puissance pour organiser la contestation, et en Egypte, Moubarak en a tiré les leçons : il a tenté de bloquer tous les accès au réseau. Et cela n'a pas nécessité des manipulations techniques compliquées ; le pouvoir a juste fait pression sur les fournisseurs d'accès, qui se sont executés. Résultat, plus d'internet dans tout le pays, mais des petits malins ont fini par trouver la failles, comme nous le raconte Claire Ulrich, responsable du site Global Voices, qui réunit des blogs du monde entier. Interview de Claire Ulrich Alors plutôt que de couper internet, les régimes autoritaires, comme la Chine, Cuba, la Biélorussie ou l'Iran, ont réfléchi à des stratégies moins voyantes, plus astucieuses. Lucie Morillon travaille sur ces ennemis d'internet à Reporters Sans Frontières. Interview de Lucie Morillon Voilà des stratégies d'espionnage plus fines, mais aussi les bonnes vieilles méthodes, qui restent. Les dictatures continuent donc d'arrêter tout simplement les activistes de la toile, le plus célèbre des blogueurs birmans purge ainsi une peine de 20 ans de prison. Ce qui fait dire aux plus pessimistes qu'internet n'est qu'une cyber-utopie et qu'il finit même, en identifiant les dissidents plus facilement, par aider les dictatures.

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